La fidélité est-elle encore possible dans le mariage ?

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En résumé

Cet article parle de la fidélité dans le mariage, pour les femmes qui se demandent si c'est encore désirable, réaliste ou possible dans un monde qui pousse activement à l'infidélité, avec une approche incarnée et libre : ni moralisatrice, ni naïve. La fidélité n'est pas une contrainte héritée du passé. C'est un choix actif, fondé sur la connaissance de soi et le don de soi qui, paradoxalement, libère davantage qu'il n'enferme.

 

Il y a quelques années, lors d'une retraite à Aix-en-Provence, j'ai pris une décision qui allait changer ma vie.

Pas dans la douleur. Pas dans la résignation.

Dans une liberté que je n'avais jamais ressentie jusque-là.

J'allais me marier. Choisir un homme, une vie, une direction. M'engager totalement et c'est précisément à ce moment-là, au moment où je me liais, que j'ai senti quelque chose se dénouer en moi. Quelque chose de profond, d'inexplicable, et de parfaitement sûr.

Le monde nous dit que s'engager, c'est perdre sa liberté. Que la fidélité, c'est une cage. Que l'exclusivité sexuelle est un reliquat du patriarcat dont il faudrait enfin s'affranchir. C'est la thèse que défendait un article du magazine Elle en mai 2026, s'appuyant sur le livre Aimer sans posséder et qui a continué de tourner dans ma tête longtemps après.

Je ne veux pas répondre point par point. Je veux raconter ce que j'ai vécu, et ce que j'observe autour de moi.

Ces couples qui durent et qu'on ne comprend pas toujours de l'extérieur

J'ai la chance d'avoir autour de moi des modèles de couples qui tiennent.

Pas des couples parfaits. Pas des couples lisses, photogéniques, sans aspérités. Des couples qui ont traversé des épreuves, qui ont failli, qui se sont accrochés pour des raisons que les autres ne voient pas toujours.

Et parfois, honnêtement, on se dit : mais qu'est-ce qui les tient ensemble ?

Ce n'est pas leur bonheur apparent. Ce n'est pas une complicité évidente. C'est quelque chose de beaucoup plus silencieux, de beaucoup plus décidé.

Ils ont choisi de s'aimer.

Il y a dans la Bible une femme qui fait ce choix de façon saisissante. Ruth, veuve, n'a aucune obligation de suivre sa belle-mère Naomi dans son pays. Elle pourrait rentrer chez elle, recommencer ailleurs, se refaire une vie. Elle dit non. "Là où tu iras, j'irai. Là où tu mourras, je mourrai." Ce n'est pas de la résignation. C'est un choix libre, total, qui dépasse ce qu'on peut expliquer rationnellement.

C'est ça que je vois dans ces couples autour de moi. Ils se sont choisis pour des raisons qui leur appartiennent, qui ne regardent personne d'autre. Et ils ont décidé de ne pas se lâcher.

À la vie à la mort.

Ce que je trouve beau là-dedans, ce n'est pas le romantisme. C'est la détermination. Cette capacité à ne pas choisir un chemin parce qu'il est facile, mais parce qu'il mène vers quelque chose de plus grand. Vers la paix… avec soi, avec l'autre, avec Dieu.

Je réalise que je ne leur ai jamais dit merci.

Merci de montrer que c'est possible. Merci de montrer que c'est dur. Merci d'exister, parce que dans le monde dans lequel on vit, leur exemple n'a rien d'évident.

La fidélité n’est plus une évidence. C’est un choix à renouveler.

Soyons honnêtes.

Nous vivons dans une époque où la fidélité n’est plus portée naturellement par le monde autour de nous. Elle n’est plus évidente socialement, culturellement, symboliquement. Elle est même parfois présentée comme une naïveté, une peur, une possession déguisée.

Et je comprends qu’on puisse la questionner.

Je comprends qu’une femme puisse se demander : est-ce que je suis fidèle par amour, ou parce qu’on m’a appris à l’être ? Est-ce que je choisis vraiment, ou est-ce que je reproduis une norme ? Est-ce que l’exclusivité protège l’amour, ou est-ce qu’elle l’enferme ?

Ces questions ne me font pas peur. Je crois même qu’il faut les poser. Parce qu’une fidélité jamais interrogée peut devenir une fidélité fragile. Une fidélité de façade. Une fidélité tenue par la peur du scandale, du divorce, du regard des autres, mais pas par une vraie liberté intérieure.

Or la fidélité chrétienne, telle que je la comprends aujourd’hui, n’est pas d’abord une interdiction. Ce n’est pas seulement : “je n’irai pas ailleurs”. C’est plus profond que ça.

C’est : “je choisis de demeurer là où je me suis donnée.”

Et ce choix-là, personne ne peut le faire à ma place.

L'infidélité : ce qu'on cherche vraiment

Dans l’article de Elle que j’évoquais plus haut, une femme témoignait que tout ce qu’elle n’aimait pas faire avec son compagnon, elle le faisait avec son amant, et qu’elle s’y sentait enfin comblée.

Je ne la juge pas. Je l’entends.

Parce que derrière cette phrase, il y a quelque chose de très humain : le désir de se retrouver. Une identité qu’on ne sent plus vivre. Une estime de soi qui vacille. Un besoin d’être vue, désirée, reconnue autrement. Parfois aussi une colère, une revanche, une fuite, une envie de nouveauté, ou simplement une occasion qu’on n’a pas su refuser.

Les recherches sur l’infidélité montrent d’ailleurs que les motivations sont rarement uniques. Il peut y avoir du désir sexuel, bien sûr. Il peut y avoir le goût de la variété, l’excitation, la transgression. Mais il y a aussi le manque d’amour, la négligence, le besoin d’être regardé, la blessure narcissique, la sensation de ne plus exister dans son couple ou même dans sa propre vie.

Autrement dit : l’infidélité passe souvent par le corps, mais elle ne parle pas seulement du corps.

Il y a dans l’Évangile de Jean une femme qu’on appelle la Samaritaine. Cinq maris, un homme qui n’est pas le sien. Jésus ne l’humilie pas. Il ne la réduit pas à son histoire conjugale. Il la regarde et voit exactement ce qu’elle cherche : pas seulement des hommes, mais une source. Quelque chose qu’aucun homme ne peut lui donner durablement.

C’est peut-être cela, le grand malentendu de l’infidélité.

On croit chercher quelqu’un d’autre. Mais parfois, on cherche une partie de soi qu’on n’arrive plus à rejoindre. Une femme plus vivante. Plus légère. Plus désirée. Plus libre. Plus jeune. Plus puissante. Plus regardée.

Et c’est là que la fidélité devient une question de connaissance de soi.

On ne reste pas fidèle seulement parce qu’on a des principes. On reste fidèle parce qu’on apprend à reconnaître ce qui, en soi, demande à être consolé, relevé, réveillé ou aimé… avant d’aller le chercher dans le regard d’un autre.

Je développe cette idée dans un autre article :  on ne choisit pas bien un homme si on ne sait pas qui on est. Ici, j’en explore le miroir : on ne reste pas fidèle seulement par principe, mais parce qu’on apprend à habiter sa propre vie.

Le paradoxe de l’engagement : plus on se donne, plus on devient libre

Un prêtre m’a dit un jour avoir ressenti la même chose que moi le jour où il avait décidé d’entrer au séminaire.

Une liberté intérieure. Étrange, non ?

On n’associe pas spontanément “séminaire” et “liberté”. Comme on n’associe pas spontanément “mariage” et “liberté”. Sur le papier, les deux ressemblent à des renoncements. Et de l’extérieur, on comprend l’hésitation.

Mais il y a deux manières de renoncer.

On peut renoncer parce qu’on nous enlève quelque chose. Et alors, oui, c’est une privation.

Ou bien on peut renoncer parce qu’on choisit quelque chose de plus grand. Et alors, le renoncement devient une direction.

C’est peut-être ce que le discours contemporain a du mal à entendre : toute limite n’est pas une oppression. Toute exclusivité n’est pas une possession. Toute promesse n’est pas une prison.

Dans le mariage chrétien, la fidélité n’est pas censée dire : “tu m’appartiens”. Elle dit plutôt : “je me donne à toi, et je reçois ton don comme quelque chose de sacré.”

Jean-Paul II a longuement médité ce paradoxe. Dans la Théologie du Corps, il développe cette idée que le corps humain n’est pas fait pour la consommation, mais pour le don. Et Gaudium et Spes le formule d’une manière qui ne m’a jamais quittée : l’homme ne peut pleinement se trouver que dans le don sincère de lui-même.

C’est exactement l’inverse de la possession.

La possession dit : “je prends pour moi.”
Le don dit : “je me livre librement.”

Et c’est parce que ce don est libre qu’il peut libérer.

Ce que je ne veux pas dire

Je ne veux pas dire que l'infidélité est le signe d'une faiblesse morale. Ce serait réducteur et faux.

Je ne veux pas dire que les couples qui ont traversé une infidélité sont condamnés. Certains s'en relèvent et plus solidement qu'avant.

Je ne veux pas dire que la fidélité est facile, ou qu'il suffit de le décider une fois pour ne plus jamais vaciller.

Et je ne veux surtout pas dire que ma vie est un modèle à reproduire.

Ce que je veux dire, c'est que la fidélité (quand elle est choisie librement, depuis un intérieur construit) n'est pas une cage. C'est une direction. Et les femmes qui avancent dans cette direction portent souvent quelque chose de rare : non pas une perfection, mais une paix. Une paix qui ne vient pas de l’absence de tentation, mais d’un choix posé et reposé.

Quelques pistes concrètes, sans méthode miracle

Se poser honnêtement la question : qu'est-ce que je cherche, vraiment ? Pas dans mon couple, en moi. Avant de diagnostiquer la relation, regarder ce qui manque intérieurement. (Et non, un week-end en amoureux ne répond pas à cette question, même si ça peut aider.)

S'entourer de modèles de couples qui durent. Pas pour les idéaliser. Pour se rappeler que c'est possible et que ça a un visage concret.

Ne pas confondre le désir qui s'émousse avec l'amour qui s'éteint. Ce sont deux choses différentes, et on ne les traite pas de la même façon.

Faire le travail de connaissance de soi, avant, pendant, et après. Ce n'est pas un préalable au mariage. C'est une pratique de toute une vie. Parfois soutenue par la prière, parfois par un accompagnement, souvent par les deux.

FAQ

La fidélité dans le mariage est-elle encore réaliste aujourd'hui ?

Oui. Mais à condition de la choisir activement, pas de la subir passivement. Une fidélité vécue comme contrainte est fragile. Une fidélité vécue comme don est solide.

Est-ce qu'une infidélité signifie que le mariage est terminé ?

Pas nécessairement. Certains couples traversent une infidélité et en sortent plus solides. Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait et si les deux personnes veulent vraiment reconstruire.

Peut-on être catholique et avoir des doutes sur la fidélité ?

Oui. La foi n'efface pas les questions humaines. Elle leur donne un cadre, pas des réponses toutes faites.

Comment maintenir le désir dans un couple long ?

Ce n’est pas seulement une question technique. Le désir dans un couple long se nourrit aussi de l’attention, de la parole vraie, du corps que l’on n’abandonne pas, de la tendresse, de la distance juste, et de cette décision intime de continuer à se choisir. Parfois, l’intention réveille le désir. Parfois, il faut aussi se faire aider. Et parfois, la grâce travaille plus lentement qu’on ne l’imaginait.

La fidélité est-elle un choix religieux ou universel ?

Les deux. La tradition chrétienne lui donne un sens particulier : le don total de soi. Mais la fidélité comme engagement libre et construit est une valeur que beaucoup de femmes, croyantes ou non, cherchent intuitivement.

Conclusion

Rares sont ceux qui, sur leur lit de mort, regretteront d'avoir aimé fidèlement.

Je ne l'ai lu nulle part. Je l'ai vu dans les yeux de ces couples autour de moi qui ont tenu.

Thérèse de Lisieux disait que l'amour se prouve par les actes. Pas par les sentiments, pas par les déclarations mais par les actes quotidiens, répétés, souvent invisibles. La fidélité ressemble à ça. Elle n'est pas spectaculaire. Elle est constante.

Ce n'est pas la facilité. Ce n'est pas l'absence de désir pour l'autre. Ce n'est pas la naïveté de ceux qui n'ont jamais été tentés.

C'est un chemin. Exigeant, vivant, et paradoxalement, libérateur.

Et si la vraie question n’était pas seulement : “la fidélité est-elle encore possible ?” mais : “suis-je assez libre intérieurement pour la choisir vraiment ?”


À propos

Anne-Claire Lépissier écrit sur la féminité chrétienne (maternité réelle, transmission de la foi, couple, corps et vie intérieure) depuis le quotidien concret, sans posture parfaite.

Ses textes s'adressent aux femmes qui croient, doutent et recommencent, et qui cherchent une parole incarnée sur leur vie de femme, sans modèle imposé, sans culpabilité supplémentaire.

anneclairelps.com · @anneclairelps


 

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