On ne choisit pas bien un homme si on ne sait pas qui on est
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En résumé - Cet article parle du discernement amoureux et du choix d'un homme, pour les femmes et les mères qui veulent transmettre à leurs filles (ou comprendre elles-mêmes) ce que personne ne leur a vraiment dit sur le sujet. L'approche est à la fois psychologique, spirituelle et chrétienne : bien choisir un homme commence par savoir qui on est. Un couple sain, c'est le match de deux personnes disponibles, prêtes et stables au même moment. Pas le sauvetage d'un homme perdu, pas une attente infinie. L'article s'appuie sur la psychologie de l'attachement, la théologie de la dignité de la femme (Jean-Paul II, Mulieris Dignitatem), le discernement ignatien, et les figures bibliques de Ruth et de la Samaritaine pour donner des repères concrets, sans méthode miracle et sans moralisme.
Il y a quelques semaines, j'ai récupéré quelqu'un que j'aime en morceaux. Encore une fois. Un message à minuit, des larmes au téléphone, et cette phrase que j'ai entendue trop souvent : "Mais je l'aime."
Je connais cette phrase. Je sais ce qu'elle cache. Elle dit : je ne sais pas comment faire autrement.
On nous a appris à aimer. Vraiment. À donner, à pardonner, à tenir. Mais personne (ou presque) ne nous a appris à choisir. À reconnaître, avant même que l'amour s'installe, si cet homme-là mérite qu'on lui donne sa vie.
Cet article, je l'écris pour les femmes qui cherchent. Mais aussi pour nous, les mères, qui avons dans nos vies des filles, des sœurs, des amies, et qui voulons leur transmettre ce qu'on n'a pas toujours su, ou ce qu'on a mis trop longtemps à comprendre.
Pourquoi est-ce si difficile de bien choisir ?
La réponse courte : parce qu'on ne peut pas reconnaître ce qu'on n'a jamais vraiment vu.
Une femme qui a grandi sans modèle de couple stable (sans voir au quotidien à quoi ça ressemble, deux personnes qui se respectent, qui se choisissent, qui traversent les choses ensemble) ne sait pas toujours à quoi ressemble un couple sain. Elle a des mots pour le décrire. Elle a une liste. Mais dans le réel, face à quelqu'un de charmant et d'instable, quelque chose en elle hésite.
Parce que l'instabilité peut ressembler à de l'intensité. Parce que le chaud-froid peut ressembler à du désir. Parce qu'un homme qui vous fait sentir que vous devez mériter son amour peut ressembler, de loin, à quelqu'un d'exigeant.
Ce n'est pas une question d'intelligence. C'est une question de repères.
La psychologie de l'attachement le confirme : selon les travaux de Bowlby et Ainsworth, les schémas relationnels construits dans l'enfance influencent fortement nos relations amoureuses à l'âge adulte, dans des proportions importantes, souvent estimées entre 60 et 70 % selon les études.¹ Ce qu'on a vu (ou pas vu !) entre ses parents s'intègre très tôt comme une carte intérieure de ce qu'est une relation normale. Et cette carte, on l'utilise sans toujours le savoir.
Ce que j'aurais voulu qu'on me dise plus tôt
J'aurais voulu qu'on me parle des vertus tôt. Pas pour me donner une liste de qualités à cocher chez un futur mari, mais pour m'apprendre à les vivre d'abord moi-même. La prudence, la constance, la générosité, le courage : on ne reconnaît bien que ce qu'on a commencé à pratiquer. Une petite fille, une adolescente qu'on initie aux vertus dans le quotidien (dans ses amitiés, dans ses choix, dans sa façon de traverser les conflits) développe une capacité de lecture du réel que rien d'autre ne remplace. Elle apprend à nommer ce qu'elle voit. Et surtout, elle apprend à identifier l'absence. Un homme qui manque durablement de constance, de générosité ou de courage ordinaire, elle apprend à le reconnaître. Pas parce qu'on lui a donné une grille. Parce qu'elle a intégré ce que ces mots veulent vraiment dire dans une vie concrète. Les vertus, enseignées tôt, deviennent des repères intérieurs. Et les repères intérieurs, c'est la matière première du discernement.
J'aurais voulu aussi qu'on me montre des couples. Beaucoup. De toutes sortes. Pas seulement les noces de Cana ou l'idéal du foyer catholique bien tenu. Mais des couples réels, différents, traversés par la vie. Louis et Zélie Martin, parents de Thérèse de Lisieux, qui ont construit quelque chose de profond à travers le deuil et la maladie. Jacques et Raïssa Maritain, deux intellectuels qui ont choisi ensemble la vie contemplative au cœur du monde. Des couples contemporains qui vieillissent ensemble avec tendresse et humour. Des couples bibliques aussi : Ruth et Boaz bien sûr, mais aussi Marie et Joseph, ce couple étrange et pudique dont on sait si peu de choses et qui dit pourtant tant sur la confiance, le silence, la fidélité à quelque chose de plus grand que soi. Voir des modèles variés, c'est comprendre qu'il n'y a pas un seul visage de l'amour qui tient. Et c'est se donner les moyens de reconnaître le sien.
J'aurais voulu qu'on me parle de ma vie de femme à venir. Sans me brusquer, sans me précipiter, mais pour me dire que ce futur était possible pour moi. Pas obligatoire. Possible. Il y a une différence immense entre "quand tu te marieras..." (qui présuppose et impose) et "si un jour tu construis quelque chose avec quelqu'un...". L'une ferme. L'autre ouvre.
Personne ne m'a vraiment aidée à me projeter dans ma vie de femme adulte. À imaginer à quoi ça pourrait ressembler. À réfléchir à ce que j'attendais d'un compagnon de route, à ce que je voulais donner, à ce que j'étais prête à traverser. Ce travail d'anticipation tranquille (ni rêve romantique ni planning de vie) aurait pourtant été précieux. Il m'aurait donné une direction intérieure avant que les émotions arrivent et brouillent les cartes. On se prépare à beaucoup de choses dans l'enfance et l'adolescence. Rarement à ça.
J'aurais voulu avoir des adultes de confiance à qui parler de tout ça. Pas des copines du même âge qui traversaient les mêmes tempêtes et cherchaient elles aussi leurs repères à tâtons, mais des femmes un peu plus loin sur le chemin, capables de donner un retour d'expérience vrai, sans juger et sans rassurer trop vite. Ce type de transmission d'une génération à l'autre est rare. Et son absence laisse les jeunes femmes entre elles, à se valider mutuellement dans des choix que personne ne remet en question.
Et surtout, j'aurais voulu savoir qui j'étais. Parce que si on ne sait pas qui on est, on ne sait pas ce dont on a besoin. Et si on a honte de qui on est, on attire facilement quelqu'un qui confirme cette honte.
Des travaux en psychologie, notamment ceux de Sandra Murray sur l'estime de soi dans le couple, montrent que les personnes avec une faible estime d'elles-mêmes ont tendance à percevoir l'amour de leur partenaire comme conditionnel, lié à leurs succès ou leurs échecs du moment.² Elles cherchent moins à choisir qu'à être choisies. Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est une blessure qui se soigne.
Un couple sain, c'est le match de deux personnes disponibles au même moment
C'est peut-être la chose la plus simple et la plus ignorée.
On parle beaucoup de trouver le bon. Mais rarement d'être prête à le recevoir.
Un couple qui tient, c'est deux personnes qui arrivent au même endroit à peu près au même moment : disponibles intérieurement, prêtes à s'engager, suffisamment stables pour ne pas déverser sur l'autre tout ce qu'elles n'ont pas réglé.
Ça ne veut pas dire parfaites. Ça veut dire : en chemin, lucides, honnêtes avec elles-mêmes.
Une femme qui ne sait pas qui elle est va chercher dans l'autre une identité. Un homme qui n'a pas réglé ses blessures va chercher dans l'autre une mère ou une thérapeute. Ces deux-là peuvent s'aimer très fort. Mais ils ne peuvent pas vraiment se choisir.
La tradition chrétienne parle du mariage comme d'un don total de soi. C'est une belle formule. Mais elle occulte quelque chose d'essentiel : on ne peut se donner vraiment qu'à partir d'un soi constitué. On ne donne pas ce qu'on n'a pas. Une femme qui n'existe pas encore tout à fait pour elle-même ne peut pas se donner, elle peut seulement disparaître. Et disparaître dans une relation, ce n'est pas de l'amour. C'est de la dépendance habillée en don.
Les trois choses concrètes à regarder
Pas une checklist. Trois questions à se poser honnêtement.
1. Est-ce qu'il a de la place pour moi dans sa vie ?
Pas seulement dans son agenda. Dans sa tête. Dans son cœur. Un homme absorbé par sa mère, par son travail, par ses blessures non réglées, par ses amis envahissants, n'a pas de place disponible. Ce n'est pas un défaut moral. Mais c'est un fait. Votre amour peut accompagner quelqu'un, mais il ne peut pas créer à sa place une disponibilité qu'il refuse ou qu'il n'a pas encore.
2. Est-ce qu'il sait où il va ?
Un homme prêt à construire ne reste pas indéfiniment dans le flou. Il n'a pas forcément toutes les réponses au début, mais il ne vous maintient pas volontairement dans l'incertitude. Il sait s'il veut se marier, avoir des enfants, construire quelque chose, et sa parole est claire et cohérente, même si elle prend le temps de se formuler. La clarté, dans les deux sens, est un signe de maturité.
3. Est-ce qu'il me traite de façon stable ?
Un homme qui souffle le chaud et le froid vous apprend à mériter son attention. C'est épuisant. Et c'est faux. Un homme bien vous traite avec une constance ordinaire : il répond, il est là, il vous montre que vous comptez. Pas de façon spectaculaire, mais de façon régulière. La stabilité affective est ennuyeuse à décrire. Elle est précieuse à vivre.
Ce que dit l'Évangile (et ce n'est pas ce qu'on croit)
L'Évangile n'appelle pas les femmes à se laisser détruire au nom de l'amour, ni à confondre le don de soi avec l'effacement de soi. Il dit quelque chose de beaucoup plus radical : vous êtes aimées avant d'avoir rien fait.
La Samaritaine - Jean 4, 1-42
La scène se passe à un puits, en plein midi. Jésus, fatigué de marcher, s'y arrête. Une femme arrive pour puiser de l'eau. Seule, à une heure où les autres femmes ne viennent pas, ce qui dit déjà quelque chose de sa solitude sociale. Elle est Samaritaine : les Juifs et les Samaritains ne se fréquentaient pas, et une femme de cette époque ne s'adressait pas à un inconnu en public.
Jésus lui parle le premier. Il lui demande à boire. Elle s'étonne : "Comment, toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ?"(Jn 4, 9)
Ce qui suit est une conversation d'une rare profondeur. Jésus ne la réduit pas à ses “fautes” (elle a eu cinq maris et vit avec un homme qui n'est pas le sien). Il ne la condamne pas non plus. Il nomme simplement ce qu'elle vit, sans détour et sans cruauté. Et c'est précisément parce qu'elle se sent vue vraiment (pas jugée, pas réduite, pas flattée non plus) qu'elle repart transformée. Elle court annoncer aux gens du village : "Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait."(Jn 4, 29)
Elle ne repart pas guérie de sa solitude par un homme. Elle repart habitée par quelque chose de plus profond : la certitude d'être connue et aimée telle qu'elle est.
Une femme qui a fait l'expérience d'être vue vraiment n'a plus besoin de mendier la reconnaissance d'un homme instable. Elle peut choisir plutôt que s'accrocher.
Ce que Jean-Paul II a osé dire / Mulieris Dignitatem, 1988
Dans ce texte fondateur sur la dignité de la femme, Jean-Paul II formule quelque chose de précieux : l'identité d'une femme ne se réduit pas à sa relation à un homme. Elle est premièrement reçue de Dieu, avant toute vocation conjugale ou maternelle.
Dans le sillage de Vatican II, il rappelle que la personne humaine se trouve dans le don sincère d'elle-même. Mais ce don suppose une liberté intérieure : on ne se donne pas vraiment depuis le vide, la peur ou la honte de soi. On ne donne pas ce qu'on n'a pas.
C'est une parole précieuse, surtout pour celles qui ont longtemps cru qu'elles n'existaient vraiment qu'à travers le regard d'un homme. Jean-Paul II dit autre chose : tu es aimée de Dieu avant d'être aimée d'un homme. Et c'est à partir de cet endroit-là (solide, habité, libre) que le don de soi devient possible. Pas avant.
Choisir un homme depuis cet endroit, c'est très différent de choisir un homme pour combler un manque.
Ruth et Boaz, le Livre de Ruth
C’est peut-être l’une des histoire d’amour de la Bible qui m’a le plus profondément touchée.
Ruth est veuve, étrangère, sans ressources, sans père, sans statut social. Elle aurait toutes les raisons de se jeter sur le premier homme disponible par peur ou par survie. Au lieu de ça, elle reste fidèle à qui elle est. Elle travaille. Elle se tient droite. Elle ne supplie pas. Elle n'attend pas non plus dans la passivité : elle agit, avec dignité et discernement. (Rt 2-3)
Et Boaz (un homme établi, respectueux, attentif) la voit. Il dit à ses serviteurs : "Laissez-la glaner aussi parmi les gerbes, sans la brusquer."(Rt 2, 15) Il ne la possède pas. Il ne l'humilie pas. Il la reconnaît comme une femme de valeur, et il la choisit dans le respect. Et il le dit lui-même : "Toute la ville sait que tu es une femme de valeur."(Rt 3, 11)
Ruth ne rencontre pas Boaz parce qu'elle aurait "mérité" un homme bon par sa perfection intérieure. Elle le rencontre dans une histoire où sa dignité, sa fidélité et sa droiture sont devenues visibles. Ce que le texte montre, ce n'est pas qu'une femme attire mécaniquement ce qu'elle vaut, mais qu'un homme juste sait reconnaître la valeur d'une femme, même lorsqu'elle est vulnérable.
Ce que je ne veux pas dire
Je ne veux pas dire que toutes les femmes dans des relations difficiles ont "mal choisi" par manque de connaissance d'elles-mêmes. La réalité est beaucoup plus complexe.
En 2023, l'Observatoire national des violences faites aux femmes estimait à plus de 370 000 le nombre de femmes victimes de violences physiques, verbales, psychologiques ou sexuelles au sein du couple en France.³ Ces femmes n'ont pas fait un mauvais choix par manque de lucidité. Elles ont souvent subi une emprise progressive, construite sur la confiance et le soin. La manipulation est réelle. Le traumatisme de l'enfance est réel. La pression sociale est réelle.
Je ne veux pas non plus laisser entendre qu'il existe une méthode parfaite pour ne jamais se tromper. On se trompe. On apprend. Parfois on choisit mal alors qu'on se connaît bien. Parfois on choisit bien alors qu'on est encore très fragile.
Et je ne veux surtout pas dire que les femmes qui restent dans des relations difficiles sont des naïves ou des faibles. Partir est souvent beaucoup plus compliqué qu'il n'y paraît de l'extérieur.
Ce que je dis, c'est plus simple et plus humble : se connaître soi-même aide. Avoir des repères aide. Savoir ce qu'on vaut aide. Pas comme garantie. Comme boussole.
Quelques pistes concrètes, sans méthode miracle
Prendre le temps d'exister seule, vraiment, avant de chercher à être en couple. Pas des années de solitude ascétique. Juste : savoir passer un dimanche sans avoir besoin de quelqu'un pour se sentir entière.
Nommer à voix haute ( pour soi, pour une amie de confiance, dans un journal) ce qu'on a aimé et ce qu'on a détesté dans ses relations passées. Pas pour ruminer. Pour apprendre.
Observer les couples autour de soi avec bienveillance et lucidité. Pas les couples de films. Les couples réels, ordinaires, qui durent. Qu'est-ce qui les tient ?
Se méfier de l'intensité du début comme seul critère. L'intensité peut coexister avec le manque de respect, l'instabilité, la dépendance. La constance est moins romanesque. Mais elle est plus fiable.
Et pour celles qui ont la foi : ne pas confondre le don de soi avec l'effacement de soi. L'amour chrétien n'appelle pas les femmes à se laisser détruire. Il les appelle à aimer depuis un endroit libre.
Deux livres pour aller plus loin
Aimer en vérité de Martin Steffens (Salvator) → une réflexion philosophique et spirituelle sur le sens de l'engagement, qui démonte les illusions du romantisme avec finesse. Chrétien sans être jargonnant.
Sacrement de l'amour de Paul Evdokimov (Points) → une théologie du mariage d'une beauté rare, nourrie de la tradition orientale. Pour celles qui veulent aller plus loin spirituellement.
FAQ
Comment choisir un homme quand on a grandi sans modèle de couple stable ?
C'est plus difficile, c'est vrai. Mais ce n'est pas une fatalité. Les recherches sur l'attachement montrent que les schémas relationnels, bien qu'intégrés tôt, peuvent évoluer. Notamment grâce à des relations de confiance, un accompagnement thérapeutique et/ou spirituel, et des expériences réparatrices. On peut construire des repères à l'âge adulte. Ça prend du temps. Mais ça vaut la peine.
Faut-il avoir tout réglé avant de rencontrer quelqu'un ?
Non. Personne n'est entièrement disponible, entièrement guéri, entièrement prêt. La question n'est pas la perfection. C'est la direction : est-ce que je travaille sur moi ? Est-ce que je suis honnête avec moi-même sur ce que je vis ? Un homme qui fait le même chemin, au même moment, c'est ça le match.
Comment parler de tout ça à une fille ou une jeune femme qu'on aime sans être donneuse de leçons ?
En partant de soi. Pas "tu devrais faire attention à..." mais "moi, j'aurais aimé savoir que...". La différence est immense. L'une ferme, l'autre ouvre.
Et si on aime quelqu'un qui n'est pas disponible ou pas prêt ?
On l'aime, peut-être. Mais on ne se sacrifie pas pour quelqu'un qui n'a pas encore fait le chemin. Ce n'est pas de la dureté. C'est du respect : pour lui, et surtout pour soi.
L'Église a-t-elle quelque chose à dire sur le choix d'un conjoint ?
Oui, et c'est plus riche qu'on ne le croit souvent.
Elle ne dit pas "épouse quelqu'un de bien pratiquant et tout ira bien". Elle a développé, à travers la tradition ignatienne notamment, une vraie pratique du discernement : l'art d'écouter ce qui, en soi, produit une paix profonde ou une agitation persistante. Saint Ignace de Loyola distingue :
les consolations : ce qui donne de la vie, de la clarté, de la paix intérieure
des désolations : ce qui trouble, vide, referme.
Appliqué au choix d'un homme, c'est étonnamment opérationnel : est-ce que cette relation me grandit ou me rétrécit ? Est-ce que je suis plus moi-même avec lui, ou moins ?
Le discernement ignatien ne donne pas de réponse toute faite. Il apprend à lire ses propres mouvements intérieurs avec honnêteté. C'est une liberté, pas une règle de plus.
Sur le plan canonique, le consentement matrimonial doit être libre et éclairé pour être valide. Deux conditions qui supposent, là encore, de se connaître soi-même suffisamment pour savoir ce à quoi on consent vraiment.
Ce qu'on peut faire, concrètement, pour nos filles
Aider une fille à bien choisir un homme un jour, ça commence bien avant qu'elle en rencontre un. Ça commence là, maintenant, dans ce qu'on l’aide à construire intérieurement.
Ancrons-la dans ce qu'elle est. Sa famille, son histoire, sa culture, sa foi… même imparfaites, même compliquées. Une fille qui sait d'où elle vient a un sol sous les pieds. Elle n'a pas besoin d'un homme pour lui en donner un.
Rendons-la fière de ses origines, sans en faire un étendard, sans l'enfermer dedans non plus. Juste : lui apprendre que ce qu'elle est vaut quelque chose. Que son milieu, sa foi, ses racines ne sont pas des choses dont avoir honte.
Construisons son estime. Aidons-la à trouver ses talents : pas pour en faire une performeuse, mais pour qu'elle sache ce qu'elle est capable de donner au monde. Aidons-la à regarder ses défauts en face, sans les traiter comme des tares, mais comme des axes de progression. Une fille lucide sur elle-même est une fille libre.
Donnons-lui des modèles. De femmes qui ont vécu avec courage et dignité. D'hommes bien… dans sa famille, dans son entourage, dans l'histoire et dans la Bible. De couples qui durent et qui s'aiment vraiment, même imparfaitement. Elle a besoin de voir pour pouvoir reconnaître.
Ne nions pas les obstacles. La vie est dure. Les relations coûtent. L'amour n'est pas toujours ce qu'on espérait. Une fille à qui on a dit la vérité sur les difficultés de la vie n'est pas une fille abîmée, c'est une fille préparée.
Laissons-la aussi faire ses expériences. Tomber, apprendre, se relever. Elle n'a pas besoin qu'on lui épargne tout. Elle a besoin qu'on soit là quand elle en a besoin. Sans juger. Juste là.
Et pour le reste, ayons confiance en Dieu.
Conclusion
Transmettre à nos filles l'art de choisir un homme, ce n'est pas leur donner une liste de critères à cocher.
C'est leur apprendre à se connaître assez pour reconnaître quelqu'un qui les voit vraiment. C'est leur dire qu'elles méritent une présence stable, pas un amour à mériter.
Je ne dis pas ça depuis un parcours exemplaire. J'ai fait des détours. J'ai choisi depuis des endroits en moi qui n'étaient pas solides. J'ai confondu l'intensité avec la profondeur, et l'attachement avec l'amour. Et c'est précisément pour ça que j'écris cet article : pas depuis la certitude de celle qui a tout juste, mais depuis la lucidité de celle qui a appris, parfois à ses dépens, ce que ces mots veulent vraiment dire.
On ne peut se donner vraiment qu'à partir d'un soi constitué. Et aider une fille à se construire, avant même qu'elle rencontre qui que ce soit, c'est peut-être la transmission la plus utile qu'on puisse faire.
Ruth n'était pas sauvée par le regard de Boaz. Elle portait déjà une dignité que Boaz a su reconnaître.
Et si aujourd'hui tu récupères une amie en morceaux, si tu regardes ta fille grandir avec un peu d'inquiétude et beaucoup d'amour… peut-être que la chose la plus utile que tu puisses faire, c'est lui donner les mots. Ceux que personne ne t'a peut-être donnés à toi.
Et si tu avais une seule phrase à dire à ta fille (ou à la jeune femme que tu étais) sur le choix d'un homme, ce serait laquelle ? Dis-moi en commentaire.
Je partage ces réflexions sur Instagram, sur @anneclairelps, autour de la foi, de la maternité, de la transmission et de la vie de femme.
À propos
Anne-Claire Lépissier écrit sur la féminité chrétienne (maternité réelle, transmission de la foi, couple, corps et vie intérieure) depuis le quotidien concret, sans posture parfaite.
Ses textes s'adressent aux femmes qui croient, doutent et recommencent, et qui cherchent une parole incarnée sur leur vie de femme, sans modèle imposé, sans culpabilité supplémentaire.
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Notes et sources
¹ Théorie de l'attachement, John Bowlby, Mary Ainsworth ; transmission intergénérationnelle étudiée notamment par Mary Main, Kaplan & Cassidy (Adult Attachment Interview). Les estimations varient selon les méthodologies, généralement entre 60 et 70 %.
² Sandra Murray et al., travaux sur l'estime de soi et la perception de l'amour conjugal (1998–2006), université de Buffalo. Synthèse accessible dans Psychomédia.
³ Observatoire national des violences faites aux femmes, Chiffres de référence, enquête "Vécu et ressenti en matière de sécurité" 2024, SSMSI. Champ : femmes de 18 ans et plus, France hexagonale + Martinique, Guadeloupe, La Réunion.
J'ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose. Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses. Une femme abîmée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue.