Ce matin-là, Il n'a pas attendu que je croie
🎙️ Vous préférez écouter ?
J’ai aussi enregistré cet article en version audio, pour celles (ceux ?) qui préfèrent écouter pendant un trajet, une marche, une tétée, une pile de linge ou un moment de calme volé.
→ Ecouter sur Spotify
→ Ecouter sur Apple Podcast
→ Ecouter la version audio sur le blog
Et sinon, bonne lecture 👇
Résumé - Cet article parle de la consolation sans cause précédente : la grâce de Dieu qui se manifeste avant toute disposition, avant tout mérite. Pour les femmes qui n'ont pas encore choisi de croire mais que Dieu a déjà choisies, avec une approche profondément personnelle et testimoniale, à travers le parcours de foi d'Anne-Claire et son attachement à Marie-Madeleine comme figure tutélaire.
J’ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose.
Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses, mais une femme abîmée, possédée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue. Pas dans une vision, pas dans une église. Dans un parc en Provence, un matin de janvier, entre des allées de cyprès et des massifs de lavandes.
Ce que je portais ce week-end-là
On était partis en retraite de discernement de couple, mon futur mari et moi. Chez les Jésuites, près d'Aix-en-Provence. Sept ou huit couples, un prêtre, un couple qui témoignait. Moi, j'y allais pour lui faire plaisir.
Je n'étais pas croyante. Enfin, je n'étais pas revenue à la foi. J'allais à la messe par affection, par respect, pas par conviction. En moi, rien ne s'était activé.
Ce que je portais à l'intérieur, en revanche, était lourd. Une culpabilité ancienne. Une tristesse diffuse, bien cachée sous des couches d'assurance, de divertissement, d'appétit pour tout ce que l'époque offre de mieux. Ma vie était pleine. Et pourtant, j'expérimentais le vide depuis trop longtemps.
Les pierres blanches et les pierres noires
Le premier jour, on nous a proposé un exercice que je n'avais jamais fait : relire sa vie. Tracer les pierres blanches et les pierres noires. Les moments de grâce, les moments de fracture. Les nommer. Les regarder en face.
J'ai passé du temps avec nos accompagnants ce soir-là. J'ai dit des choses que je n'avais pas dites à voix haute depuis longtemps. Peut-être même jamais.
Je ne savais pas encore ce que je faisais. Je ne savais pas que je me préparais.
Le deuxième matin
Le lendemain, temps libre dans le parc. Seule.
La lumière du matin était douce, cette lumière provençale qui arrive à plat et ne blesse pas les yeux. Le bruit de la nature était discret. L'harmonie était palpable et le mot est fort, mais c'est exactement ça.
Et là, sans que je l'aie demandé, sans que je l'aie mérité, sans que je sois en prière ni même en attente de quoi que ce soit, quelque chose est arrivé.
Pas une voix. Pas une vision. Une paix que je n'avais jamais ressentie.
Comme si, en même temps, on m'avait dit : “Je te vois. Je t'aime. Je te pardonne. N'aie plus peur.”
Quatre choses à la fois. Instantanées. Absolues.
J'ai été bouleversée. Pas en larmes, pas effondrée mais traversée. Comme si quelqu'un avait attendu que je sois enfin disponible, enfin silencieuse, enfin un peu fissurée, pour se glisser précisément dans ces failles.
C'est ça. Il s'est manifesté dans mes failles, pas dans un moment de force.
Je n'avais pas cru d'abord
Et c'est là que Marie-Madeleine est devenue ma figure.
Parce que ce matin-là en Provence, je n'avais pas fait l'acte de foi en premier. Je n'avais pas décidé de croire, puis ressenti quelque chose. C'était l'inverse : quelque chose était arrivé, j'ai reçu cette expérience comme venant de Lui, sans pouvoir l'expliquer autrement.
Marie-Madeleine dans le jardin, c'est exactement ça. Elle cherche un mort. Elle ne s'attend à rien. Et c'est Jésus qui prend l'initiative, qui prononce son prénom, qui arrive avant qu'elle ait eu le mérite de l'attendre.
La foi qui vient après la rencontre, pas avant.
Ce n'est pas une foi moins exigeante. Ce n'est pas une foi au rabais. C'est une foi qui commence par les yeux ouverts sur ce qui arrive. Pas par les yeux fermés sur ce qu'on espère.
Et pour moi, cette distinction change tout.
Parce qu'on dit souvent que la grâce récompense l'effort. C'est en tout cas ce que je croyais implicitement. Que Dieu se montre à ceux qui cherchent bien, qui prient assez, qui méritent la consolation. Cette logique m'aurait exclue ce matin-là. Je n'avais rien fait de suffisant. Et pourtant.
Ce que les théologiens appellent “consolation non précédée”
Saint Ignace de Loyola a un nom pour ça : la consolation sans cause précédente. Une grâce qui arrive avant la disposition, avant l'effort, avant le mérite. Il la décrit comme le signe le plus pur de l'action directe de Dieu, justement parce qu'elle ne peut pas s'expliquer par ce qu'on a fait.
Je ne connaissais pas ce concept ce matin-là. Je l'ai découvert plus tard, et j'ai eu le sentiment étrange d'une reconnaissance : ah, il y a un mot pour ça. Ah, d'autres l'ont vécu.
Saint Ignace précise aussi que ces consolations doivent être relues dans le temps, éprouvées, discernées. Ce que j'ai vécu ce matin-là ne s'est pas imposé à moi comme une certitude instantanée. Il a pris tout son sens au fil des années, dans les sacrements, dans la vie ordinaire. C'est ça aussi, la grâce : elle ne s'explique pas immédiatement. Elle se déploie dans le temps.
Un mariage qui était deux oui
Quelques mois plus tard, pendant le sacrement du mariage, j'ai pris une claque.
Pas une claque métaphorique élégante mais une vraie secousse intérieure. Jésus était là, à l'œuvre, et je le savais. Autour de moi, c'était un beau mariage. Pour moi, c'était un deuxième baptême.
Je voyais le décalage entre ce que je vivais à l'intérieur et ce que les gens voyaient de l'extérieur. Personne ne mesurait ce qui était en train de se passer. Personne n'était en train de voir Jésus changer une vie.
Marie-Madeleine aussi a connu ça. Elle revient des apparitions du matin de Pâques, et elle dit aux apôtres ce qu'elle a vu et ils ne la croient pas.
Ce n'est pas grave. Ce n'est pas ça qui compte.
Ce qui compte, c'est que ça a eu lieu.
Pourquoi elle, pourquoi moi
Je ne me suis pas choisie Marie-Madeleine comme figure tutélaire par dévotion construite. Je ne suis pas arrivée à elle par les livres ou par une neuvaine.
Je suis arrivée à elle par une série télé, un soir ordinaire, parce qu'une scène m'a renvoyé au plus précis de ma propre histoire.
Et c'est peut-être ça, au fond, la “méthode” de Dieu. Il ne se réserve pas aux âmes déjà formées. Il n'attend pas qu'on soit prêtes, suffisamment converties, dignes d'être rejointes. Il se glisse dans ce qui est accessible (un parc, une lumière du matin, une image sur un écran) et il appelle par le prénom.
Marie-Madeleine. Anne-Claire. Et peut-être toi.
Pas parce qu'on a mérité d'être appelées.
Parce qu'Il a décidé de se montrer.
Ce qui veut dire, et je pèse chaque mot, que personne n'est trop loin. Personne n'est trop abîmée, trop tiède, trop chargée, trop occupée à vivre sa vie sans Lui. Marie-Madeleine avait été délivrée de ce qui la détruisait. Moi j'étais anesthésiée sous des couches de vie bien remplie. Et pourtant.
Rien n'est impossible à Celui qui t'appellera par ton nom.
Marie-Madeleine l'a vu la première.
Nous, on reçoit cette promesse depuis deux mille ans.
Et dans deux mille ans, si Dieu le veut, d'autres femmes en vivront encore la grâce.
Une dernière chose, avant de finir.
Si tu lis ce blog régulièrement, tu verras son nom revenir. Dans un article, dans une référence, dans un détail. Marie-Madeleine est là, en filigrane, parce qu'elle m'habite. Pas comme un sujet que j'étudie, comme une présence qui m'indique où regarder, pour le trouver Lui. Elle marche devant, et je suis ses pas.
C'est comme ça que les figures nous choisissent, je crois. On ne décide pas. On reconnaît.
À propos
Anne-Claire Lépissier écrit sur la féminité chrétienne (maternité réelle, transmission de la foi, couple, corps et vie intérieure) depuis le quotidien concret, sans posture parfaite.
Ses textes s'adressent aux femmes qui croient, doutent et recommencent, et qui cherchent une parole incarnée sur leur vie de femme, sans modèle imposé, sans culpabilité supplémentaire.
J'ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose. Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses. Une femme abîmée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue.