Je crie sur mes enfants. Et après, je culpabilise.

En résumé

Cet article parle de la culpabilité après avoir crié sur ses enfants, pour les mères qui se sentent seules avec ça et se demandent si elles sont de mauvaises mères. Une approche de la maternité imparfaite, celle qui dit la vérité sur nos limites, demande de l'aide à Dieu, et choisit la réparation plutôt que la perfection.

 

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Crier sur ses enfants ne fait pas de toi une mauvaise mère. Ça fait de toi une mère avec un système nerveux, des limites, et une vie entière à gérer en parallèle. La culpabilité qui suit est légitime, mais elle ne dit pas la vérité sur qui tu es. Elle dit juste que tu tiens à bien faire. Et ça, c'est déjà beaucoup. Cet article ne propose pas de méthode miracle pour ne plus jamais crier. Il propose juste d'arrêter de te détruire après.

Il est 7h12.

Ils viennent de se lever. Leurs frimousses encore gonflées de sommeil, les joues chaudes, les yeux mi-clos. Ils sont à croquer, vraiment.

Et puis l'un embête l'autre. Ça part en drame. Une crise s'installe.

Et là.

« MAIS ÇA VA PAS COMMENCER COMME ÇA DE BON MATIN. »

La voix qui explose. Le silence qui suit. Et toi, deux secondes plus tard, qui regardes leurs petits visages et qui voudrais rentrer sous terre.

Est-ce que toutes les mères crient ?

Beaucoup plus qu’on ne le croit.

Pas toutes de la même manière. Pas à la même fréquence. Pas avec la même intensité. Mais des mères qui n’ont jamais élevé la voix, jamais explosé, jamais parlé trop fort sous l’effet de la fatigue ? J’en connais très peu.

Je ne dis pas ça pour minimiser. Je le dis parce que j’échange avec beaucoup de mères, et parce que je vois à quel point ce sujet reste caché. Les calmes en apparence, les spirituelles, les bienveillantes affichées, les mères qui parlent doucement devant tout le monde : elles aussi connaissent leurs limites.

Simplement, elles n’en parlent pas.

Parce qu’on ne parle pas de ça. Parce que la honte arrive vite. Parce que personne ne veut être la première à dire : moi aussi, parfois, je perds pied.

Le silence autour de ce sujet ne dit pas que tu es anormale. Il dit seulement que beaucoup de femmes vivent la même chose en secret.

Ce qui se passe vraiment quand on explose à 7h du matin

Ce n’est pas forcément que tu es une mauvaise mère.

C’est que ton système nerveux, lui aussi, est en train de se réveiller. Il n’est pas prêt. Il n’a pas demandé à encaisser une crise en guise de bonjour. Et quand des enfants se mettent à hurler avant que tu aies avalé ta première gorgée de café, quelque chose disjoncte.

Ce n’est pas une excuse magique. Mais c’est une explication.

Nos enfants ont ce pouvoir unique de nous pousser dans des retranchements que personne d’autre n’avait jamais atteints. Pas un collègue, pas un embouteillage, pas une voisine chiante un jour de fête. Eux, oui. Parce qu’ils appuient exactement là où nous sommes à vif, et souvent sans le savoir. Souvent en étant simplement des enfants.

Je ne suis pas l’archétype de la mère douce et patiente. Je l’ai compris, je l’ai accepté, et bizarrement, ça m’a libérée.

Pas libérée pour me dire : tant pis, je suis comme ça. Libérée pour arrêter de me raconter que je devrais être une autre femme avant même de pouvoir progresser.

→ Lire aussi : Mère chrétienne : et si le "bon modèle" n'existait pas ?

Pourquoi la culpabilité arrive toujours après

La colère passe vite. La culpabilité, elle, s’installe.

C’est moi l’adulte. C’est à moi de me maîtriser. Ils ne sont pas responsables de mes états de nerfs. J’aurais pu leur parler autrement. Je suis horrible.

Ce film-là, tu le connais peut-être.

Ce que la culpabilité dit, en réalité, c’est : tu tiens à ta mission de mère. Elle dit que tu ne veux pas les abîmer, que tu veux être à la hauteur, que l’amour que tu leur portes est plus grand que ta fatigue. Elle dit que quelque chose en toi refuse de banaliser ce qui vient de se passer.

Et au fond, c’est une bonne nouvelle.

Mais la culpabilité ment sur un point : elle te fait croire que ce moment te définit. Elle te fait croire que tu es ce cri, que c’est ce qu’ils retiendront, que c’est ce que tu leur laisses, que c’est ce que tu es.

Ce n’est pas vrai.

Tu n’es pas seulement ton éclat de voix. Tu es aussi celle qui revient, celle qui regarde, celle qui demande pardon, celle qui cherche à réparer, celle qui recommence, celle qui continue d’avancer.

Ce que je ne veux pas dire

Je ne dis pas que crier ne fait pas de mal.

Ça peut faire peur. Ça peut blesser. Ce n’est pas une méthode d’éducation. Et se défouler régulièrement sur ses enfants parce qu’on est à bout, ce n’est pas la même chose que perdre pied ponctuellement un matin de semaine.

Je ne parle pas ici d’un climat de peur installé, de cris constants, d’humiliations ou de violences. Si tu sens que tu te fais peur, que tu fais peur à tes enfants régulièrement, ou que quelque chose déborde trop souvent, il faut demander de l’aide. À un médecin, à un thérapeute, à une personne de confiance, à un prêtre si cela t’aide. Ce n’est pas un aveu d’échec. C’est un acte d’amour.

Mais entre la mère qui explose un matin et la mère qui détruit, il y a un monde. Et beaucoup de femmes vivent dans la honte de ne pas savoir faire cette différence.

Je ne dis pas non plus que c’est une fatalité, ni qu’il ne faut rien changer. Je dis seulement qu’on ne peut pas tout gérer dans une vie sans jamais déborder : le travail, le couple, la maison, la fatigue, les enfants, la vie intérieure, le dîner de ce soir, les nuits hachées, les choses qu’on porte sans même les nommer.

À un moment, quelque chose déborde.

Et souvent, cela déborde là : dans la cuisine, le matin, devant les personnes qu’on aime le plus au monde.

Ce n’est pas une raison pour s’excuser de tout. Mais ce n’est pas non plus une raison pour se détruire.

Et Dieu dans tout ça ?

Il y a une phrase de saint Paul que je relis souvent et qui me fait du bien, pas parce qu’elle résout tout, mais parce qu’elle dit exactement ce que je vis :

« Le bien que je veux faire, je ne le fais pas. Le mal que je ne veux pas faire, je le fais. » Romains 7, 19

C’est ça. C’est exactement ça.

Je veux être patiente. Je veux parler doucement. Je veux accueillir leurs tempêtes sans ajouter la mienne. Je veux être cette mère solide, stable, paisible.

Et puis parfois, je n’y arrive pas.

Alors je demande pardon. Pas par performance, pas pour me flageller, pas pour rejouer la scène pendant trois heures dans ma tête. Je demande pardon parce que je sais que j’aurais pu mieux faire, et que cette reconnaissance-là est juste.

Mais je demande aussi de l’aide.

Parce que la seule volonté ne suffit pas toujours.

Saint Augustin, qui connaissait très bien ce combat intérieur entre ce qu’on veut faire et ce qu’on n’arrive pas à faire, priait ainsi : « Seigneur, donne ce que tu commandes, et commande ce que tu veux. »

Autrement dit : je ne peux pas y arriver seule. Aide-moi à vouloir ce que tu veux. Aide-moi à faire ce que je sais juste. Aide-moi là où ma volonté ne suffit plus.

C’est une ancienne fumeuse qui vous dit ça : j’ai arrêté il y a deux ans, et ce n’est pas la force de ma seule volonté qui a tout fait. À un moment, j’ai demandé. Et quelque chose a changé.

Avec la patience, c’est pareil.

Ce n’est pas humiliant de dire à Dieu : je n’y arrive pas seule. Aide-moi. Mets-toi dans mes failles, dans mes matins difficiles, dans mon système nerveux qui part avant que j’aie eu le temps de réfléchir, dans ma voix qui monte trop vite, dans ma fatigue que je ne sais plus porter.

La grâce ne supprime pas le tempérament comme par magie. Elle l’habite. Elle le travaille. Elle l’oriente peu à peu.

Elle ne fait pas de nous des mères parfaites. Elle nous apprend à revenir : vers nos enfants, vers Dieu, vers nous-mêmes, sans nous condamner.

Et cette mère Montessori qui ne crie jamais, elle n’existe pas. Ou alors elle ne dort pas, ne travaille pas, n’a pas de contrariété, n’a jamais été en retard, et ses enfants sont des saints.

Bref. Elle n’existe pas.

FAQ

Est-ce que crier sur ses enfants les abîme durablement ?

Honnêtement ? Je ne suis pas psychologue, donc je ne vais pas faire semblant de répondre avec certitude.

Ce que je sais, c’est que quand j’ai exagéré, je peux revenir vers eux. Je peux leur dire : je suis désolée, j’ai crié trop fort. Tu n’es pas responsable de ma colère. Je vais essayer de faire mieux.

Ça n’efface pas le cri. Mais cela leur apprend quelque chose de précieux : l’amour peut réparer. L’adulte aussi peut demander pardon. Une relation peut connaître une cassure sans être détruite.

Comment gérer la culpabilité après avoir crié ?

La reconnaître sans s’y noyer.

La culpabilité peut te signaler que quelque chose n’était pas juste. Mais si elle tourne en boucle, elle finit par t’enfermer dans toi-même au lieu de te remettre en relation.

Alors fais simple. Respire. Reviens vers ton enfant si besoin. Demande pardon clairement. Si tu pries, remets aussi ce moment à Dieu, non pour te punir, mais pour le remettre dans sa lumière. Puis continue.

Tes enfants n’ont pas besoin d’une mère qui se déteste. Ils ont besoin d’une mère qui revient.

Est-ce qu'une mère chrétienne devrait être plus patiente ?

La patience est une vertu. Et une vertu, ce n’est pas un trait de caractère réservé aux femmes naturellement douces. C’est une force qui se construit. Elle se demande, elle se travaille, elle s’acquiert peu à peu.

Certaines partent avec un tempérament plus calme. D’autres avec un feu intérieur plus difficile à canaliser. Dieu travaille avec ce que nous sommes, pas avec la mère idéale que nous avons inventée dans notre tête.

Oui, on peut demander la patience. Oui, on peut progresser. Non, cela ne se fait pas toujours en un jour.

Est-ce que toutes les mères crient vraiment ?

Beaucoup plus qu’on ne le croit.

Peut-être pas toutes. Peut-être pas de la même manière. Mais les mères qui n’ont jamais perdu patience, jamais élevé la voix, jamais parlé trop fort sous l’effet de la fatigue sont rares.

Le problème, c’est que ce sujet reste caché. Et quand tout le monde se tait, chacune croit être la seule.

Et si je crie vraiment trop souvent, trop fort ?

C’est une question honnête, qui mérite une réponse honnête.

Si tu sens que cela dépasse la gestion normale du quotidien, si tu te fais peur, si tu fais peur à tes enfants régulièrement, si les cris deviennent un climat et non un accident, alors il faut demander de l’aide.

Pas parce que tu es mauvaise. Parce que tu es responsable. Parce que tes enfants ont besoin de sécurité. Parce que toi aussi, tu as besoin d’être soutenue.

Parler à un médecin, à un thérapeute, à une personne de confiance ou à un prêtre n’est pas un aveu d’échec. C’est un acte d’amour.

Pour finir

Tu n’es pas une mauvaise mère parce que tu cries.

Tu es une mère, avec un système nerveux, une vie entière à porter, des enfants qui savent exactement sur quel bouton appuyer, et un amour qui ne disparaît pas entre deux éclats de voix.

Mais tu n’es pas condamnée à rester seule avec ça.

Tu peux revenir. Tu peux réparer. Tu peux demander pardon. Tu peux demander de l’aide. Tu peux laisser Dieu entrer jusque dans ces endroits-là : pas seulement dans tes belles prières, mais dans tes matins trop bruyants, tes impatiences, tes limites, tes recommencements.

La perfection n’est pas ce qu’on te demande. Le retour, si. ❤️

→ Retrouver tous les articles sur la maternité réelle ici.


À propos

Anne-Claire Lépissier écrit sur la féminité chrétienne (maternité réelle, transmission de la foi, couple, corps et vie intérieure) depuis le quotidien concret, sans posture parfaite.

Ses textes s'adressent aux femmes qui croient, doutent et recommencent, et qui cherchent une parole incarnée sur leur vie de femme, sans modèle imposé, sans culpabilité supplémentaire.

anneclairelps.com · @anneclairelps

 
 

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