Pourquoi parler de sa foi sur instagram ?
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En résumé : cet article parle du choix de témoigner de sa foi sur les réseaux sociaux, pour les femmes croyantes qui se sentent seules dans leur questionnement spirituel ou qui hésitent à prendre la parole publiquement, avec une approche personnelle et sans posture, qui raconte les coulisses d'un engagement plutôt qu'un mode d'emploi.
Je n'ai pas ouvert mon compte Instagram avec un plan. Je l'ai ouvert avec une question.
Une question que je n'arrivais pas à poser dans la vraie vie sans que les gens changent de sujet ou me regardent bizarrement : est-ce que je suis la seule à vivre ça ? La seule à être revenue à la foi après l'avoir tenue à distance pendant des années, la seule à me demander comment transmettre quelque chose d'aussi intime à mes enfants, la seule à trouver que la maternité fait remonter des questions auxquelles personne ne m'avait préparée.
Spoiler : je n'étais pas la seule. Pas du tout.
Comment tout a commencé : un média sans support
Avant Instagram, j'avais une intuition et une ligne éditoriale… mais pas de support. Je sentais qu'il y avait quelque chose à dire sur la foi vécue par les femmes, sur la maternité comme lieu de questionnement spirituel, sur tout ce qu'on traverse sans jamais en parler à voix haute. J'avais les sujets. J'avais les mots. Il me manquait l'endroit.
C'est lors d'une conversation que quelqu'un m'a dit une phrase toute simple : mais vas-y, lance-toi sur Instagram. L'idée, c'était de tester. De me confronter à la réalité. De voir si ces questions qui tournaient dans ma tête résonnaient aussi chez d'autres femmes, ou si je parlais dans le vide.
Instagram n'était pas un rêve de créatrice de contenu. C'était un laboratoire. Le moyen le plus direct de poser une question et de voir qui lève la main.
Ce que ça m'a coûté au début
Je ne vais pas enjoliver : les premiers mois ont été difficiles.
Parler de sa foi publiquement, ce n'est pas anodin. Ce n'est pas comme partager une recette ou un avis sur un livre. C'est se mettre à découvert sur quelque chose de profondément intime, et s'exposer au regard de gens qui ne comprennent pas forcément, y compris des proches. Il y a le collègue qui tombe sur ton reel. L'amie qui ne dit rien mais que tu sens perplexe. Le membre de ta famille qui trouve ça « bizarre ».
Il faut assumer ce qu'on raconte. Assumer de parler de prière quand on vit dans un monde où ça fait lever les yeux au ciel. Assumer de ne pas être parfaite dans ce qu'on partage. Assumer, aussi, ses propres incohérences.
Mais je serais malhonnête si je m'arrêtais là. Parce que ce projet m'a aussi apporté quelque chose que je n'avais pas prévu : des gens. Des amis proches qui m'ont soutenue dès le début, d'autres moins proches avec qui ça a été l'occasion de renouer. Et puis j'ai la chance d'être entourée et conseillée par des entrepreneurs et des gens des médias. Donc non, je ne suis pas à plaindre 😁.
Ce que j'ai découvert : je n'étais pas la seule
La première vraie surprise d'Instagram, c'est la messagerie.
Depuis que je partage, je reçois des messages de femmes qui me disent : je ressens la même chose.Je n'avais jamais réussi à le formuler.Je me sens moins seule. Des mères qui se demandent comment prier avec un bébé sur les genoux. Des femmes revenues à la foi qui ne savent pas comment en parler avec leur conjoint. Des croyantes qui se sentent décalées partout : trop libres pour certains milieux d'Église, trop chrétiennes pour leurs amis.
Les questions que je croyais très personnelles sont en fait largement partagées. Nous sommes nombreuses à nous demander comment transmettre la foi à nos enfants sans forcer, comment être de bonnes mères sans nous y perdre, comment vivre une vie intérieure dans des journées déjà pleines à craquer.
C'est ça qui m'a donné envie de continuer. Pas les vues. Pas les abonnés. Les messages.
Formuler, c'est clarifier et se confronter à soi-même
Il y a un bénéfice inattendu à parler de sa foi publiquement : ça oblige à être honnête.
Quand je prépare un reel ou que je travaille un article, je suis obligée de me demander : qu'est-ce que je crois vraiment ? Qu'est-ce que je veux partager ? Qu'est-ce qui est vivant en moi, et qu'est-ce qui n'est qu'un héritage que je répète par automatisme ?
Et assez souvent, ça me met face à mes incohérences. Je parle de patience, et je perds patience avec mes enfants. Je parle de confiance, et je veux tout contrôler. Je parle de prière, et je prie moins que je ne voudrais.
Créer du contenu sur la foi, ce n'est pas se poser en modèle. C'est accepter d'être vue en plein chantier. Et étrangement, c'est cette honnêteté-là qui crée le lien le plus fort avec les femmes qui me suivent.
Ce que je ne fais pas, et pourquoi
Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit. Je ne fais pas de catéchèse. Je ne donne pas de leçons de vie. Je ne prétends pas avoir trouvé les réponses.
Ce que je fais, c'est témoigner. Raconter ce que je vis depuis l'intérieur : les petits déclics, les questions sans réponse, les moments de grâce entre deux crises de larmes d'un enfant de trois ans. Je parle depuis ma vie de femme, de mère, de recommençante dans la foi, pas depuis une estrade.
Cette posture n'est pas un choix marketing. C'est la seule qui me semble juste.
Pourquoi Instagram, et pas un autre espace ?
On me pose souvent la question. Pourquoi un réseau social ? Pourquoi pas un blog, un livre, un podcast ?
Instagram a un avantage immense : il permet de tester rapidement en temps réel. Tu publies un reel, et en 24 heures tu sais si le sujet touche ou pas. Tu vois qui sauvegarde, qui partage en DM, qui t'écrit en privé. Ce retour immédiat est précieux quand on cherche à comprendre ce qui résonne chez les autres.
Et puis Instagram permet quelque chose de rare : rejoindre des femmes qui ne seraient jamais venues chercher ce type de contenu. Une femme qui ne met pas les pieds dans une église peut tomber sur un de ces reels parce qu'il parle de couple, de fatigue ou de maternité et découvrir qu'on peut parler de foi simplement.
Ce qui me fait continuer
Il y a les jours où c'est facile : un message qui arrive, une idée qui coule, un reel qui fonctionne.
Et il y a les autres. Les jours où je me demande à quoi ça sert. Les jours où je ne trouve pas mes mots. Les jours où je me sens illégitime, pas assez théologienne, pas assez instagrammeuse, pas assez constante.
Ce qui me fait continuer, c'est une conviction simple : il faut plus de voix chrétiennes féminines. Plus de femmes qui parlent de foi à leur manière, avec leur ton, leur histoire, leur façon d'être au monde. Plus de variété, plus de visages, plus de styles, parce que la foi des femmes ne se résume pas à un seul modèle.
Je continue parce que chaque message d'une femme qui me dit je me sens moins seule me confirme que ça vaut le coup. Et parce que plus on sera nombreuses à parler, moins ce sera étrange de le faire.
Questions fréquentes
Pourquoi parler de foi sur Instagram ?
Parce qu'Instagram permet de rejoindre des femmes qui se posent les mêmes questions spirituelles, souvent en silence. Pour moi, c'est un lieu où partager une foi incarnée, liée à la maternité, à la féminité, à la vie de couple, à la transmission et à la vie intérieure… le tout, sans avoir besoin d'un cadre institutionnel pour le faire.
Est-ce que parler de foi publiquement, c'est vouloir convertir les autres ?
Non. On peut parler de foi sans chercher à imposer quoi que ce soit. Dans mon cas, il s'agit de témoigner d'un chemin personnel, de formuler des questions, d'ouvrir une conversation. Pas de fabriquer des certitudes.
Peut-on parler de foi sans être une chrétienne parfaite ?
Heureusement. La foi chrétienne n'est pas réservée aux personnes qui auraient une vie spirituelle exemplaire. On peut en parler depuis ses fragilités, ses contradictions, ses recommencements. C'est même souvent là que la parole devient la plus vraie.
Que signifie être une recommençante dans la foi ?
Être une recommençante, c'est revenir à la foi après l'avoir tenue à distance ou rejetée. Ce n'est pas repartir de zéro, c'est reprendre un chemin avec tout ce qu'on a vécu, refusé, traversé entre-temps. J'explorerai ce sujet en détail dans un article dédié.
Pourquoi lier foi et maternité ?
Parce que la maternité fait surgir des questions spirituelles profondes : que veut-on transmettre ? Comment aimer sans posséder ? Comment vivre la patience, la fatigue, la confiance au quotidien ? Pour beaucoup de femmes, la maternité devient un lieu concret où la foi se révèle et où elle s'approfondit.
Comment éviter de tomber dans une posture religieuse sur les réseaux ?
En gardant une parole humble, personnelle et incarnée. En parlant depuis sa vie réelle plutôt que depuis une image idéale. Et en se souvenant que le plus important ne se joue pas dans ce qu'on publie, mais dans ce qu'on vit hors caméra.
À propos
Anne-Claire Lépissier est autrice du blog anneclairelps.com et du compte Instagram @anneclairelps. Elle écrit sur la vie intérieure des femmes chrétiennes contemporaines : maternité, transmission de la foi, couple, féminité, doute, corps et quotidien familial.
Ses textes s’adressent aux femmes croyantes, recommençantes ou en questionnement, qui cherchent à vivre leur foi sans rigidité, leur maternité sans culpabilité et leur féminité sans rôle imposé.
J'ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose. Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses. Une femme abîmée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue.