La foi imparfaite
Ou pourquoi Jésus a encore de l'avenir
Résumé - Cet article parle de foi imparfaite, pour les femmes chrétiennes qui vivent des semaines sans prier, qui doutent, qui recommencent, avec une approche incarnée : la foi n'est pas une performance à réussir, c'est un chemin à habiter et Jésus est précisément venu pour ça.
Il y a des semaines entières sans une seule prière.
Ni moi, ni les enfants. Rien. Le chapelet reste là où il était. Le missel aussi. La messe du dimanche dernier était plus une session de gestion de crise avec un enfant hurlant qu'un moment de recueillement.
Et puis il y a les pensées pas belles. Les journées où je ne suis pas fière de moi. Les actions que je regrette. Les moments où j'ai été sèche, impatiente, égoïste, et où ma foi n'a rien empêché du tout.
Est-ce que je peux vraiment m'appeler chrétienne ?
Oui.
Et j'ai même une bonne raison de le penser.
La foi imparfaite : c'est quoi, exactement ?
La foi imparfaite, ce n'est pas une foi de pacotille.
Ce n'est pas croire un peu, du bout des lèvres, quand ça arrange. Ce n'est pas une foi à moitié.
C'est simplement une foi humaine. Vécue par des humains. Avec tout ce que ça implique : des hauts, des bas, des semaines creuses, des élans, des découragements, des reprises.
Une foi qui coexiste avec la fatigue, le doute, les mauvaises journées, les mauvaises pensées, et les prières qui ne viennent pas.
On a tellement intégré l'idée qu'une "vraie" foi serait régulière, fervente, constante (comme une flamme qui ne vacillerait jamais) qu'on passe notre vie à se croire en dehors. En marge ou “pas assez”.
Mais cette foi-là, la foi parfaite et constante, elle n'existe pas ici-bas. Pas dans une vie humaine ordinaire.
Ce qui ne veut pas dire que toutes les formes de foi se valent. La foi peut être réelle, vivante, croissante, profonde. Mais elle grandit, elle ne naît pas toute faite.
"Si nous étions parfaits, Jésus n'aurait strictement aucune utilité."
C'est la phrase qui a tout changé pour moi.
Je me souviens de l'avoir pensée comme une évidence un peu comique. Et pourtant elle dit quelque chose de très sérieux.
Jésus n'est pas venu pour les gens qui ont tout juste. Il l'a dit lui-même, sans détour : "Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades." (Marc 2,17)
Ce ne sont pas les croyants parfaits qui ont besoin d'une grâce. Ce sont ceux qui trébuchent, doutent, recommencent, oublient de prier pendant trois semaines, et reviennent quand même.
Si nous étions parfaits, il n'aurait rien à faire ici.
Notre imperfection n'est donc pas un obstacle à la foi. Elle en est, pour la plupart d'entre nous, le point de départ habituel.
La prière irrégulière : et alors ?
Les semaines sans prier, ça me culpabilisait beaucoup.
J'avais l'impression de trahir quelque chose. D'être en dehors. De ne pas mériter le titre de chrétienne pratiquante si ma pratique ressemblait à ça.
Et puis j'ai compris quelque chose.
La prière irrégulière, c'est la prière de la plupart des mères de jeunes enfants. De la plupart des femmes qui travaillent, qui s'épuisent, qui portent beaucoup. Ce n'est pas de la tiédeur, c'est de la vraie vie.
Ce n'est pas idéal : la prière régulière reste un horizon, pas pour mériter quelque chose, mais parce que toute relation grandit dans la fidélité. Mais entre l'idéal et le rien, il y a le retour. Et le retour compte.
Le fait de revenir, même maladroitement, même longtemps après. De ne pas avoir définitivement fermé la porte. De recommencer, même sans élan, même sans ferveur spectaculaire.
La prière irrégulière qui revient quand même vaut beaucoup plus, je crois, que la prière parfaite qu'on n'ose plus faire parce qu'on s'est senti indigne trop longtemps.
C'est d'ailleurs très proche de la logique du fils prodigue : ce qui compte, ce n'est pas qu'il soit resté. C'est qu'il soit revenu.
Et cette foi bancale, on la vit souvent au cœur même de notre maternité (biologique ou spirituelle) là où la fatigue est réelle, les questions nombreuses, et la beauté inattendue.
Le doute n'est pas le contraire de la foi
On a longtemps cru (on croit encore souvent) que douter, c'est ne pas croire.
Que le doute est une fissure dans la foi. Un signe de faiblesse. Quelque chose à cacher.
Mais le doute, c'est aussi la preuve qu'on prend la question au sérieux.
On ne doute pas de ce qui nous est égal.
Les grands mystiques ont douté. Thomas a douté et Jésus ne l'a pas exclu pour autant. Il lui a tendu les mains. Les doutes de Thomas sont dans l'Évangile. Pas effacés. Pas honteux. Là, pour nous montrer quelque chose.
Le doute fait partie du chemin. Il n'en est pas la sortie.
Ce qui sort de la foi, ce n'est pas le doute. C'est l'indifférence.
Tant qu'on questionne, tant qu'on cherche, tant que la question nous importe alors on est encore dans le mouvement de la foi.
→ Lire aussi : Peut-on vivre sa foi chrétienne en doutant ?
Être humaine n'est pas une faute
Les mauvaises pensées. Les mauvaises journées. Les actions qu'on regrette.
On m'a longtemps laissé entendre (parfois implicitement) que la foi devrait rendre meilleure. Que si j'étais vraiment croyante, je serais plus douce, plus patiente, plus aimante.
Et c'est vrai, d'un certain côté.
La foi m'aide à vouloir devenir meilleure. Elle est un garde-fou, un fil conducteur, une boussole dans les jours où je perds le nord.
Mais elle ne m'immunise pas contre l'humanité.
Je suis encore sèche, parfois. Encore impatiente. Encore égoïste. Je pense encore des choses que je n'aimerais pas penser.
Et la foi ne consiste pas à prétendre que ce n'est pas le cas.
Elle consiste à voir que c'est le cas, à s'en désoler un peu, et à recommencer. Sans s'effondrer. Sans se condamner définitivement. Sans décider qu'on est trop abîmée pour revenir.
→ Lire aussi : Je retourne à l'église après des années d'absence : par où commencer ?
La foi comme garde-fou, pas comme performance
La foi n'est pas un examen à réussir.
Ce n'est pas un palmarès. Ce n'est pas la liste de ce qu'on fait ou ne fait pas, de ce qu'on mange ou ne mange pas, des messes qu'on honore ou qu'on manque.
La foi est une relation.
Et comme dans toute relation, il y a des périodes de grande proximité et des périodes de distance. Des moments où on parle facilement et des moments où les mots ne viennent pas. Des moments de certitude et des moments où l'on n'est plus très sûre de rien.
La différence entre une foi morte et une foi imparfaite, ce n'est pas la qualité des pratiques. C'est l'orientation du cœur.
Est-ce qu'on veut encore quelque chose de cette relation ?
Si oui, même vaguement, même confusément, même sans savoir comment l'exprimer alors c'est encore de la foi. Imparfaite. Vivante.
Et cette orientation du cœur se traduit, tôt ou tard, dans des actes. Même petits, même irréguliers. Un retour à la prière. Un geste de charité. Une messe un dimanche. La foi intérieure et la foi vécue ne sont pas ennemies : l'une appelle l'autre.
Les recommencements : la foi n'est pas une ligne droite
Ce qu'on ne dit pas assez sur la vie chrétienne, c'est à quel point elle ressemble à une spirale plutôt qu'à une ligne droite.
On n'avance pas régulièrement. On tourne. On revient sur les mêmes endroits. On repasse par les mêmes doutes, les mêmes sécheresses, les mêmes questions.
Ce n'est pas un échec.
C'est la forme normale d'une vie intérieure qui se construit vraiment, sur la durée, dans la vraie vie.
Les recommencements ne sont pas des rechutes. Ils sont des reprises.
Et chaque reprise, même maladroite, même sans élan particulier, compte.
Et puis vient une question que beaucoup de mères se posent en silence : comment transmettre une foi qu'on vit si imparfaitement ? Est-ce qu'on a le droit de parler de Dieu à ses enfants quand on prie si mal soi-même ?
Ce que je ne veux pas dire
Je veux être claire sur une chose.
Parler de foi imparfaite, ce n'est pas dire que tout se vaut. Ce n'est pas relativiser, ni dire qu'on peut faire n'importe quoi au nom de l'imperfection humaine.
La foi imparfaite n'est pas une foi sans exigence.
Elle est une foi qui reconnaît honnêtement l'écart entre ce qu'on voudrait être et ce qu'on est, et qui ne se décourage pas de cet écart. Qui continue à vouloir grandir, même lentement. Même irrégulièrement.
Ce n'est pas de la complaisance. C'est de la lucidité.
Il y a une formule que j'aime beaucoup : Dieu nous accueille tels que nous sommes, mais il ne nous laisse pas tels que nous sommes.
C'est ça, la tension chrétienne. Pas la culpabilité écrasante. Pas l'indulgence sans fond. Quelque chose entre les deux : la miséricorde qui ne renonce pas à nous.
Et la lucidité, dans la foi chrétienne, s'appelle l'humilité.
Par où commencer quand on se sent loin
Si tu te reconnais dans tout ce qui précède (les semaines sans prier, le doute, les recommencements) voilà quelques pistes simples. Pas des méthodes. Pas des programmes. Juste des points d'appui.
Revenir sans se justifier. La prière n'a pas besoin d'être précédée d'une bonne raison ou d'un acte de contrition parfait. On revient, c'est tout.
Commencer petit. Une phrase. Une intention du matin. Un merci en fin de journée. La foi se réveille souvent dans des gestes minuscules.
Ne pas attendre d'en avoir envie. L'envie suit parfois. Parfois elle ne vient pas avant. On commence quand même.
Se souvenir qu'on n'est pas la seule. Ce blog existe précisément parce que je suis comme toi. Imparfaite, irrégulière, en chemin. Et convaincue que c'est exactement là que mon chemin de foi passe.
Jésus n'est pas venu pour les bien-portants.
Il est venu pour nous.
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« Ma soif de vérité est ma seule prière. »
- Edith Stein
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La foi imparfaite, c'est une foi humaine, vécue avec des semaines sans prier, des doutes, des mauvaises journées, et des recommencements. Ce n'est pas une foi insuffisante : c'est la seule foi qui soit réellement possible pour des êtres humains. L'Évangile le dit clairement : Jésus n'est pas venu pour les bien-portants.
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Non. Le doute et la foi coexistent souvent. Thomas, dans l'Évangile, a douté, et cela ne l'a pas mis en dehors de la foi. Douter signifie que la question nous importe encore. Ce qui s'oppose à la foi, ce n'est pas le doute : c'est l'indifférence.
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Oui. La prière irrégulière est la réalité de beaucoup de femmes chrétiennes qui vivent des vies chargées. Ce qui compte, ce n'est pas la régularité parfaite, c'est le retour. Revenir à la prière, même longtemps après, même sans élan, est en lui-même un acte de foi.
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La foi aide à vouloir devenir meilleure. Elle est une boussole, un garde-fou. Mais elle n'immunise pas contre l'humanité : les mauvaises pensées, les erreurs, les jours difficiles continuent d'exister. Être chrétienne ne signifie pas être parfaite, cela signifie reconnaître honnêtement l'écart et continuer à avancer.
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En revenant, simplement, sans se justifier, sans attendre d'en avoir envie. La foi se réveille souvent dans de petits gestes : une phrase du matin, un merci en fin de journée. Le retour n'a pas besoin d'être spectaculaire pour être réel.
J'ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose. Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses. Une femme abîmée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue.