Comment transmettre la foi à ses enfants quand on ne se sent pas légitime

Résumé

Cet article parle de transmission de la foi, pour les mères qui se sentent illégitimes ou en chemin, avec une approche foi réelle et redécouverte. L'idée que transmettre la foi à ses enfants, c'est souvent la recevoir soi-même plus pleinement.

Mon premier enfant avait moins d'un an.

Je me souviens d'une conversation dans la cuisine de ma belle-mère. Je lui confiais ma peur, cette peur un peu honteuse qu'on n'ose pas toujours dire à voix haute : je ne me sentais pas légitime pour transmettre la foi à mon fils.

Pas parce que je ne croyais pas. Mais parce que ma foi à moi était encore bancale, encore en construction, encore pleine de trous.

Elle m'a regardée et elle a dit, simplement :

"Anne-Claire, ne t'inquiète pas. Tu vas tout redécouvrir en même temps qu'eux."

Je n'avais pas mesuré à quel point cette phrase allait changer ma façon d'envisager la transmission.

Je ne pars pas de rien, mais je ne pars pas de loin non plus

Il faut être honnête sur ce qu'on a reçu.

Moi, j'ai reçu quelque chose. Mes parents m'emmenaient à la messe. J'ai fait le catéchisme, les premières communions, les premières prières. Des briques, fragiles, mais réelles.

Je ne suis pas catéchumène. Je ne découvre pas la foi pour la première fois.

Et pourtant.

Vouloir la transmettre à mes enfants (vraiment transmettre, pas juste transmettre en façade) m'a obligée à me poser des questions que je n'avais jamais vraiment creusées. Pourquoi Dieu ? Pourquoi la messe et pas juste la prière à la maison ? Pourquoi le pardon ? Qu'est-ce que ça veut dire, aimer Dieu de tout son cœur, quand on est épuisée après une journée fatiguante ? etc

Ces questions, je ne me les étais pas posées depuis l'enfance.

Mes enfants me les ont rendues.

Ce qu'on confond souvent : avoir la foi et transmettre la foi

On croit qu'il faut d'abord avoir pour ensuite donner.

Avoir une foi solide, une prière quotidienne, une vie intérieure bien tenue, une connaissance sûre de la théologie et seulement alors, seulement, on pourrait se permettre d'initier ses enfants.

C'est une belle idée. Et c'est faux.

Ou du moins, c'est incomplet.

La transmission n'est pas le transfert d'un savoir acquis. Ce n'est pas un cours magistral. Ce n'est pas une vitrine.

C'est une invitation à marcher dans la même direction.

Le diacre qui a baptisé ma fille nous avait dit quelque chose qui m'a fait rire et qui reste vrai.

Transmettre la foi à ses enfants, c'est comme les emmener en voiture. GPS réglé sur : La Vie éternelle.

Quand ils sont petits, on les met dans le siège auto et on démarre. On ne leur demande pas leur avis. On ne les laisse pas seuls sur le trottoir pendant qu'on part en voyage. On les emmène avec nous, là où on va, parce que c'est notre rôle de parents.

Mais un jour, ils grandissent. Ils s'achètent leur propre voiture. Et là, c'est à eux de choisir où ils veulent aller.

On ne peut pas décider pour eux de la destination. On peut juste leur avoir montré la route, donné le goût du voyage, et espérer qu'ils s'en souviennent le moment venu.

Et on peut emmener ses enfants en voiture même quand on n'est pas sûre du meilleur itinéraire.

Les enfants posent les meilleures questions

Si vous me suivez sur Instagram, vous savez déjà que mon fils est une source inépuisable dans ce domaine.

"Est-ce que Jésus a un doudou ?"

"Le prêtre, c'est le papa de qui ?"

"Pourquoi Jésus fait dodo sur la croix ?"

Je ne ris pas de ces questions. Enfin, si, un peu, parce qu'elles sont drôles. Mais surtout parce qu'elles sont justes. Elles vont droit au but. Elles n'ont pas été poncées par des années de catéchisme bien tenu ou de politesse religieuse qui fait qu'on n'ose plus vraiment demander.

Un enfant ne demande pas "quelle est la signification théologique de la Résurrection ?"

Il demande : "Mais comment Jésus il a bougé si il était mort ?"

Et en cherchant comment lui répondre (simplement, vraiment, sans jargon) j'avance moi-même.

Je suis obligée de comprendre avant d'expliquer. Je suis obligée de croire avant de transmettre. Pas de tout comprendre, pas de tout croire parfaitement. Mais d'aller chercher. D'avancer.

Parce que j'ai en horreur ce qui n'est pas questionné.

On n'est plus au temps où la foi allait de soi car portée culturellement, socialement, symboliquement, presque par défaut. Aujourd'hui, on a le choix de ne plus croire. Et ce choix est réel, pas rhétorique. Alors si on choisit de croire, si on choisit de transmettre, ça ne peut pas être par inertie. Ce ne peut pas être une foi de façade, une foi héritée sans jamais avoir été vérifiée, une foi qu'on n'a jamais vraiment regardée en face.

Regarder en face les questions les plus gênantes me paraît être incontournable dans le cheminement vers Dieu (Et si ce sujet vous parle, l'article sur l'infidélité va plus loin sur ce que ça peut coûte de ne pas questionner. Je caricature un peu, mais pas tant que ca).

Mes enfants ne reçoivent pas une foi préemballée. Ils reçoivent une mère qui cherche avec eux.

Et je crois que c'est peut-être le plus beau don.

Ce que transmettre la foi n'est pas

Avant d'aller plus loin, il faut poser ça clairement.

Transmettre la foi à ses enfants, ce n'est pas :

  • leur garantir qu'ils croiront

  • les forcer à croire

  • jouer un rôle de mère parfaitement chrétienne devant eux

  • réciter des réponses apprises par cœur qu'on ne croit pas vraiment

  • leur faire peur de Dieu pour qu'ils restent proches de lui

  • effacer toutes ses propres questions pour ne leur présenter qu'une foi lisse

  • s'assurer qu'ils ne quitteront jamais l'Église

  • être exemplaire à chaque instant

Transmettre, c'est planter une graine.

La germination, le moment où quelque chose prend racine dans leur cœur et devient vraiment le leur, n'appartient pas aux parents. Elle appartient à Dieu.

Saint Paul le dit avec une clarté qui soulage : "J'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a fait croître. Ainsi, celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose, mais c'est Dieu qui fait croître." (1 Co 3, 6-7)

Ce n'est pas une façon de se décharger. C'est une vérité libératrice : notre rôle est réel, mais il est limité. Et cette limite est une grâce. (Lire aussi : Tout sur la transmission de la foi)

Si certaines de ces croyances vous pèsent encore, j'ai écrit un guide complet : 10 fausses croyances qui te font douter de ta capacité à transmettre la foi, parce que beaucoup de ces blocages méritent qu'on les regarde en face, un par un.

Ce que je ne veux pas dire

Je ne veux pas dire que l'effort ne compte pas.

Transmettre la foi, ce n'est pas juste laisser faire. Ce n'est pas s'asseoir en espérant que les enfants captent quelque chose dans l'air ambiant.

Il faut quand même aller à la messe, même quand c'est chaotique. Prier ensemble, même maladroitement. Nommer Dieu, même quand les mots sont maladroits. Répondre aux questions, même quand on ne sait pas (et même en disant “je ne sais pas”).

Ce que je dis, c'est que le sentiment d'illégitimité "je ne suis pas assez bonne chrétienne pour transmettre quelque chose", n'est pas une raison de ne pas commencer.

L'illégitimité ressentie, c'est souvent le signe qu'on prend la chose au sérieux.

Il y a un père dans l'Évangile de Marc qui dit à Jésus, devant son enfant malade : "Je crois, viens au secours de mon incrédulité." (Mc 9, 24) Ce n'est pas une belle confession de foi. C'est un homme qui croit à moitié et qui le dit. Et Jésus répond quand même.

Prendre la chose au sérieux avec une foi bancale, c'est déjà une forme de foi.

Et cette foi bancale n'est pas solitaire. Elle s'appuie sur quelque chose de plus grand qu'elle : une Église, des sacrements, une communauté. Ce n'est pas le ressenti d'une femme seule dans sa cuisine qui réinvente la roue. C'est un ressenti qui prend racine dans quelque chose de plus vieux et de plus solide qu'elle, et qui la porte même quand elle ne le voit pas.

Quelques pistes concrètes, sans méthode miracle

Répondre "je ne sais pas, on cherche ensemble" est une réponse complète. Un enfant qui voit sa mère chercher comprend que la foi n'est pas une évidence figée mais un chemin vivant.

Partager ce qu'on ressent, pas seulement ce qu'on croit. "Ce matin à la messe, j'ai pensé à..." vaut parfois plus qu'une explication de texte.

Lire la Bible avec eux, même les histoires qu'on connaît. Elles vous surprendront à travers leurs yeux.

Accepter les questions gênantes comme des cadeaux. La question qu'on esquive est souvent celle qui nous ferait le plus avancer.

Ne pas attendre d'être prête. La transmission commence maintenant, dans la cuisine, dans la voiture, à la prière du soir qui finit en dispute. Pas quand on aura tout compris. Le Deutéronome le dit depuis des millénaires : "Tu répéteras ces paroles à tes enfants, quand tu seras dans ta maison, quand tu marcheras sur la route, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras." (Dt 6, 7) Dans le banal. Dans le quotidien. Pas dans un moment de grâce extraordinaire.

Ce que ma belle-mère a compris

Sa phrase "tu vas tout redécouvrir en même temps qu'eux" n'était pas une consolation de façade.

C'était une vérité profonde sur la façon dont Dieu travaille.

Il prend les plus petites briques (fragiles, bancales, incomplètes) et il les pose au bon endroit au bon moment. Saint Paul parle de Timothée et dit que sa foi "habitait d'abord en ta grand-mère Loïs et en ta mère Eunice" (2 Tm 1, 5). Deux femmes ordinaires. Pas des théologiennes. Juste des femmes qui ont transmis ce qu'elles avaient.

On plante. On arrose. On recommence quand on oublie d'arroser.

La germination, elle, ne nous appartient pas.

Mes enfants ne reçoivent pas une foi parfaite.

Ils reçoivent une mère qui plante ce qu'elle peut, où elle peut, comme elle peut.

Et Dieu, lui, sait ce qu'il fait avec une graine.

Questions fréquentes

Peut-on transmettre la foi à ses enfants quand on doute soi-même ?

Oui. Le doute n'est pas l'opposé de la foi, c'est souvent son compagnon le plus honnête. Transmettre en cherchant est une posture réelle, pas une imposture. Les enfants ne reçoivent pas une certitude, ils reçoivent un exemple de quelqu'un qui avance malgré l'incertitude.

Comment parler de Dieu à un enfant quand on n'a pas les bons mots ?

Les mots simples, vrais, imparfaits valent mieux que les belles formules récitées sans conviction. Dire "je ne sais pas, mais je crois que Dieu nous aime" est une vraie réponse. Les enfants ont un radar très précis pour distinguer ce qui est vivant de ce qui est joué. Ne pas hésiter à s’appuyer sur des livres, voir aussi la sélection de la communauté des livres chrétiens pour les 3-6 ans.

Faut-il avoir reçu une foi solide pour la transmettre ?

Non. Nombreuses sont les mères qui transmettent une foi qu'elles ont reçue en partant de presque rien, ou en reconstruisant ce qui avait été fragilisé. Ce qu'on transmet, ce n'est pas l'état d'arrivée. C'est la direction du regard.

Est-ce qu'on peut transmettre la foi sans aller à la messe tous les dimanches ?

La question mérite d'être posée honnêtement. La messe est un ancrage important mais la transmission se joue aussi dans les conversations de cuisine, les prières du soir, les questions laissées ouvertes, les moments de vie quotidienne, notre relation aux autres. La cohérence dans le temps compte plus que la perfection à chaque instant. Cependant, une chose est certaine, c’est que la transmission passe par la ritualité.

Et si mes enfants finissent par rejeter la foi que j'essaie de transmettre ?

C'est la peur la plus profonde. Et elle est légitime. Mais comme disait le diacre qui a baptisé ma fille : on les emmène en voiture quand ils sont petits. Un jour, ils s'achètent la leur et choisissent leur destination. Transmettre, ce n'est pas contrôler. C'est avoir conduit ensemble assez longtemps pour qu'ils connaissent la route. Ce qu'ils en feront n'appartient qu'à eux, et à Dieu.


À propos

Anne-Claire Lépissier écrit pour les femmes chrétiennes, mères ou en chemin, qui cherchent à vivre leur foi dans la vraie vie : maternité, féminité, couple, corps, transmission, fatigue, questions et recommencements. Une parole personnelle, incarnée et accessible, pour croire, vivre et transmettre sans modèle imposé ni culpabilité supplémentaire.

anneclairelps.com · @anneclairelps

 
 

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