Je retourne à l'église après des années d'absence : par où commencer ?
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En résumé - Cet article parle du retour à l'église après une longue absence, pour les femmes (et les hommes) qui ressentent la honte de ne plus savoir faire, qui ont peur de ne pas être légitimes ou de ne pas être prêt(e)s, avec une approche de foi incarnée et sans condition. Le témoignage d'un recommencement maladroit, soutenu par la conviction que Dieu ne demande pas la perfection, juste la présence.
Il y a quelques années, je suis entrée dans la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence pour la première fois depuis quinze ans.
Je ne savais plus rien.
Pas les chants. Pas quand se lever. Pas quand s'agenouiller. Et au moment de la communion : comment on prend l'hostie, déjà ? On tend la main ? On ouvre la bouche ? J'ai regardé les gens devant moi comme on regarde quelqu'un taper un code secret qu'on aurait un jour connu par cœur.
Je me sentais étrangère dans ma propre langue maternelle.
Pourquoi revenir à l'église fait si peur
Ce n'est pas seulement la question des codes.
C'est le poids des années. Tout ce qu'on a vécu pendant cette absence. Les choix qu'on a faits, les distances qu'on a prises, les fois où on a dit “je ne crois plus à rien” ou “l'Église et moi, c'est compliqué”, ou encore, avec ce sourire un peu gêné “je suis catholique non pratiquante”.
Et puis un jour, quelque chose se réveille. Une naissance. Un deuil. Une lassitude du vide. Un désir qu'on n'arrive pas à nommer. Parfois juste une envie d'entrer dans une église pour s'asseoir au calme.
Et là, la honte s'installe avant même qu'on ait franchi la porte.
Qu'est-ce qu'ils vont penser ? Est-ce que j'ai le droit d'être là ? Est-ce que Dieu m'en veut pour toutes ces années ?
Ce que j'ai appris, à force : ces questions, tout le monde les a eues. Même Nicodème, le plus grand expert en religion de tout Israël, allait voir Jésus en cachette, de nuit, comme s'il avait honte de ne pas tout comprendre. Et c'est précisément à lui que Jésus dit : "Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver."
Pas pour juger. Juste pour sauver.
Et puis il y a Pierre. Celui qui avait dit "Je ne le connais pas", trois fois, en une nuit. Et à qui Jésus, après la résurrection, pose la même question trois fois : "M'aimes-tu ?" Pas pour enfoncer le couteau. Pour reconstruire, coup par coup, ce qui avait été défait. Il ne commence pas par pourquoi tu m'as abandonné. Il commence par est-ce que tu m'aimes encore.
Ce n'est pas un détail. C'est le cœur de tout.
Est-ce qu'on a le droit de revenir sans avoir "réglé" ses questions ?
Oui. Mille fois oui.
L'idée qu'il faudrait d'abord avoir répondu à tous ses doutes, refait toute sa théologie, mis de l'ordre dans sa vie, c'est une idée très humaine. Et très épuisante.
Jésus raconte l'histoire d'un fils qui part avec sa part d'héritage, dilapide tout, et revient en se disant je ne mérite même plus d'être appelé ton fils. Le père ne l'attend pas à la porte, bras croisés, pour entendre les explications. Il le voit de loin. Il court. Il l'embrasse avant qu'il ait fini sa phrase.
Il court.
Ce n'est pas qu'une métaphore sur la gentillesse de Dieu. C'est une image de ce qui se passe réellement quand on reprend le chemin, même à tâtons, même sans être sûre de rien.
On n'entre pas dans une église parce qu'on a fini de chercher. On y entre parce qu'on cherche.
Le doute ne disqualifie pas. L'absence ne disqualifie pas. Les années d'éloignement ne sont pas une dette à rembourser avant d'avoir le droit de s'asseoir dans un banc.
Le seul prérequis, c'est d'être là.
Comment se repérer quand on ne sait plus rien faire
La première fois, c'est la plus dure. Ensuite ça va vite mieux. Voici ce qui m'a aidée.
La chose la plus simple a été de me caler sur quelqu'un. Trouver une personne à côté de moi et l'imiter. Se lever quand elle se lève, s'agenouiller quand elle s'agenouille. Personne ne regarde. Et si quelqu'un regarde, il ne juge pas, il se souvient de sa propre première fois.
J'ai aussi beaucoup fréquenté les messes en semaine. Plus petites, plus silencieuses, moins chargées en enjeux. On peut s'y glisser sans se sentir sous les projecteurs. C'est là que j'ai commencé à respirer.
Et puis j'ai essayé différentes ambiances. Parce qu'il n'y a pas qu'un seul style de messe, et que l'Église est plus diverse qu'elle n'en a l'air. Les messes de jeunes, les messes chantées, les petites chapelles à six personnes. J'ai cherché l'endroit où je respirais. Je l'ai trouvé.
Ce que je n'aurais pas pensé faire spontanément : pousser la porte du presbytère. Et pourtant. Les prêtres voient des recommençants toute l'année. Vraiment. Dire “je reviens de loin, je ne sais pas par où commencer”, c'est une phrase qu'ils connaissent par cœur, et qui ne les choque pas du tout.
Ce qui a tout changé, en revanche, c'est de m'être entourée. Participer à ce que proposait la paroisse (les groupes de partage, les soirées de prière, les parcours Alpha). Pas par obligation, mais parce que c'est là qu'on se fait des amis, qu'on trouve des gens à qui poser ses questions, et qu'on cesse de se sentir seule dans son retour. À partir du moment où je me suis sentie soutenue dans mon chemin, ça allait mieux. Vraiment mieux.
Et si on n'arrive pas à prier ?
C'est normal.
La prière, ça se réapprend. Comme une langue qu'on a parlée enfant et qu'on a laissée dormir pendant des années. Les premiers mots sont maladroits. La syntaxe ne revient pas d'un coup. Et puis, progressivement, quelque chose se remet en marche.
Ce que j'ai fait pendant ma première année de retour : j'ai beaucoup fréquenté les églises. Pas toujours pour prier au sens où on l'entend, avec des mots, des formules, une posture. Mais pour être là. Pour m'asseoir dans le silence. Pour laisser la présence de Dieu faire son travail sans que j'aie besoin d'organiser quoi que ce soit.
Flâner dans une église en journée, c'est aussi une forme de prière.
S'asseoir devant le tabernacle sans rien dire, c'est aussi une forme de prière.
Dieu ne demande pas la performance. Il demande la présence.
Comment savoir qu'on est à sa place
Je me suis dit que j'étais à ma place le jour où des bébés ont été baptisés pendant la messe, et que j'ai senti quelque chose se dilater dans ma poitrine : une joie que je n'avais pas commandée. Une joie d'accueil, d'appartenance, de “je suis de ce peuple-là”.
Ça n'est pas venu d'un coup. Ça s'est construit avec la régularité, avec les liens tissés, avec les messes de semaine partagées avec une amie, avec les va-et-vient dans la cathédrale.
Et surtout avec cette réalisation, lente et douce : Dieu ne me demandait pas d'être parfaite. Il me demandait juste d'être là.
Pas de niveau à atteindre. Pas de case à cocher. Pas d'ancienneté à justifier.
Juste : venir. Encore. Et encore.
Ce que je ne veux pas dire
Je ne dis pas que le retour est facile, ni qu'il suffit de vouloir pour que tout s'enclenche.
Certaines blessures liées à l'Église sont réelles et profondes. Certains départs n'ont pas été des fugues mais des nécessités. Il n'y a pas de honte à avoir mis du temps, ni à avancer lentement, ni à avoir encore des questions sans réponse.
Je ne dis pas non plus qu'il faut trouver tout de suite une communauté parfaite, une messe qui fait vibrer, une foi sans aspérités. Ça n'existe pas. L'Église est peuplée de gens imparfaits et c'est précisément pour ça qu'on y a notre place.
Ce que je dis, c'est que la porte est ouverte. Et qu'on n'a pas besoin d'être prête pour entrer.
Ce que j'aurais aimé qu'on me dise
Se donner la permission de commencer petit. Une messe. Juste une. Pas un engagement pour la vie.
Se donner la permission d'y aller avec quelqu'un : une amie, une sœur, quelqu'un qui connaît les codes et peut répondre aux questions basiques à voix basse.
Se donner la permission de ne pas tout ressentir. De rester froide. De partir avant la fin si c'est trop. Le retour n'est pas une expérience spirituelle garantie : c'est juste une présence.
Et se donner la permission que ça prenne du temps. Mon retour s'est construit sur plusieurs années de va-et-vient, de messes ratées, de moments de grâce inattendus et de matins où je n'avais vraiment pas envie d'y aller. C'est normal. C'est même peut-être comme ça que ça marche.
Questions fréquentes
Est-ce que je dois me confesser avant de communier si j'ai été absente longtemps ?
Oui, si vous avez conscience d'avoir commis des péchés graves, l'Église demande d'être en état de grâce pour communier (CEC §1385). En cas de doute, mieux vaut en parler à un prêtre avant. La confession n'est pas un obstacle : c'est une libération. Beaucoup de personnes qui reviennent témoignent d'un soulagement immense après leur première confession après des années.
Est-ce que je dois me reconvertir, refaire un baptême, suivre un cours ?
Non. Si vous êtes baptisée, vous êtes baptisée et ça ne change pas. Le Catéchisme de l'Église catholique le dit explicitement : le baptême laisse une marque indélébile, permanente. L'appartenance à l'Église n'expire pas, ne se périme pas, ne se retire pas. Vous revenez, vous ne recommencez pas de zéro.
Comment expliquer mon retour à des proches non-croyants ou moqueurs ?
Vous n'avez pas à vous justifier. "Je cherche quelque chose" est une réponse complète et honnête. La foi ne se défend pas, elle se vit d'abord.
Et si la messe m'ennuie ou me laisse froide ?
C'est très courant, surtout au début. La messe se comprend mieux quand on en connaît la structure et le sens. Des livres comme La Messe expliquée ou des podcasts chrétiens peuvent aider à entrer dans ce qui se passe. L'ennui de la messe ne dit rien sur votre foi.
Par où commencer si je n'ai aucune paroisse de référence ?
Essayez plusieurs. Vraiment. La géographie ne fait pas tout : l'ambiance, la communauté, le prêtre, comptent beaucoup. Demandez à des amis croyants. Cherchez les paroisses qui proposent des groupes de vie ou des parcours d'accompagnement.
Pour finir
La première fois que je suis ressortie de cette cathédrale d'Aix, je n'avais pas eu de révélation mystique.
J'avais juste dit un énorme oui.
Maladroit, incomplet, chancelant. Mais réel.
Et c'est tout ce que Dieu attendait.
À propos
Anne-Claire Lépissier écrit sur la féminité chrétienne (maternité réelle, transmission de la foi, couple, corps et vie intérieure) depuis le quotidien concret, sans posture parfaite.
Ses textes s'adressent aux femmes qui croient, doutent et recommencent, et qui cherchent une parole incarnée sur leur vie de femme, sans modèle imposé, sans culpabilité supplémentaire.
J'ai regardé la première saison de The Chosen un soir ordinaire, sur le canapé, probablement avec un verre de quelque chose. Le premier épisode s'ouvre sur Marie-Madeleine. Pas celle des images pieuses. Une femme abîmée, qui se noie dans sa propre nuit. Et puis Jésus arrive. Il prononce son prénom. Et tout s'arrête.
J'ai dû mettre pause.
Parce que cette scène, je l'avais déjà vécue.