Peut-on être ambitieuse et chrétienne ?
En résumé
Cet article parle de la compatibilité entre ambition féminine et foi chrétienne, pour les femmes qui s’interrogent sur leur désir de réussir, de créer, de travailler ou de prendre des responsabilités, en distinguant ambition, orgueil et carriérisme et en proposant des repères chrétiens pour discerner une ambition juste à partir de la Bible, de saint Thomas d’Aquin et de l’enseignement de l’Église.
La question me travaille depuis longtemps.
J’avais dix-huit ans lorsqu’une femme que j’aime profondément m’a dit un soir, épuisée, qu’en voulant mener de front ses enfants et sa carrière dans une grande entreprise, elle avait eu le sentiment de rater les deux.
Je me souviens de sa fatigue. De cette manière qu’elle avait de le dire presque sans se plaindre, comme si elle constatait simplement l’évidence.
Et je me souviens surtout de ce que j’ai pensé : aucune femme ne devrait avoir le sentiment d’avoir raté sa vie simplement parce qu’elle a essayé de prendre au sérieux plusieurs choses qui comptaient pour elle.
À l’époque, j’y ai surtout vu une question de maternité et de travail.
Aujourd’hui, je crois que la question est encore plus large.
Parce qu’avant même d’avoir des enfants, avant même de savoir quelle forme prendra notre vie professionnelle, beaucoup d’entre nous portent ce désir assez difficile à nommer : accomplir quelque chose. Construire. Créer. Faire grandir un projet. Être utile. Prendre des responsabilités. Écrire un livre, monter une entreprise, transmettre quelque chose, approfondir une vocation artistique ou intellectuelle, élever une famille, faire vivre une œuvre, servir une cause, entreprendre, enseigner, soigner, diriger.
En un mot : être ambitieuse.
Et lorsqu’on est chrétienne, le mot peut devenir légèrement encombrant.
L’ambition ne ressemble-t-elle pas beaucoup à l’orgueil ?
Ne devrait-on pas plutôt apprendre à renoncer à soi ?
Est-ce vraiment très chrétien de vouloir réussir ?
La question paraît simple. Spoiler : elle ne l’est pas.
Peut-être avons-nous mis trop de choses derrière le mot « ambition »
Si l’ambition consiste à monter toujours plus haut, gagner toujours davantage, être plus visible, plus puissante, plus admirée ; si réussir signifie ne jamais être ralentie par personne, ne dépendre de personne et mesurer sa vie à une succession de titres, de revenus ou de promotions, je comprends très bien pourquoi le mot nous gêne.
Mais ce que je viens de décrire n’est pas forcément l’ambition. C’est déjà une certaine conception de l’ambition.
Et je crois que c’est ici qu’il faut distinguer :
On peut désirer accomplir quelque chose de grand sans vouloir écraser qui que ce soit.
On peut aimer progresser sans considérer les autres comme des concurrents.
On peut rechercher l’excellence sans faire de sa performance la mesure de sa valeur.
On peut souhaiter être reconnue pour un travail bien fait sans vivre entièrement sous le regard des autres.
On peut vouloir davantage sans considérer que davantage nous est dû.
Autrement dit : ambition, carriérisme et orgueil ne sont pas synonymes.
Mais cela ne signifie pas non plus que toute ambition soit bonne sous prétexte qu’elle serait « authentique ».
C’est précisément là que la foi chrétienne devient intéressante.
Le christianisme ne nous demande pas de nous diminuer
La tradition chrétienne connaît une vertu aujourd’hui peu citée : la magnanimité, littéralement la « grandeur d’âme ».
Chez saint Thomas d’Aquin, elle ne consiste pas à se croire extraordinaire ni à courir après les honneurs. Elle désigne la disposition à ne pas se dérober devant de grandes choses lorsqu’elles sont justes et que nous avons reçu les moyens d’y répondre. Le magnanime cherche à accomplir ce qui est grand, mais selon la vérité, la raison et la vertu.
Cela ne signifie pas que saint Thomas aurait écrit un traité de développement personnel pour apprendre à « voir grand ».
La magnanimité n’est d’ailleurs pas exactement l’équivalent de ce que nous appelons aujourd’hui l’ambition.
Elle suffit à faire tomber une première évidence : dans la pensée chrétienne, désirer accomplir de grandes choses n’est pas en soi suspect.
Ce qui demande à être discerné n’est pas la grandeur d’un projet en elle-même, mais ce que nous cherchons à travers lui, les moyens que nous sommes prêtes à employer et la place qu’il prend peu à peu dans notre vie.
Le Catéchisme rappelle que « le travail honore les dons du Créateur et les talents reçus » (CEC, §2427). Il ne s’agit donc pas seulement de produire ou de réussir, mais aussi de participer à une œuvre commune, de servir et de faire grandir le monde humain. Jean-Paul II rappelle dans Laborem Exercens que le travail n’est pas seulement utile : il est un bien pour la personne, parce qu’il lui permet d’agir dans le monde et d’y accomplir, d’une certaine manière, sa vocation humaine.
Le christianisme ne méprise ni l’action humaine, ni le travail, ni l’intelligence ; il les ordonne à la charité, à la justice et au bien commun.
Nous avons reçu quelque chose : une intelligence, une énergie, une capacité à enseigner, diriger, soigner, organiser, écrire, entreprendre, créer ou transmettre.
Ces capacités peuvent s’exercer dans un métier, une œuvre, une famille, un engagement ou un projet personnel. Certaines prennent la forme d’une carrière ; d’autres, non. La fécondité elle-même peut prendre des formes très différentes (voir aussi : La maternité spirituelle : de quoi parle-t-on vraiment ?).
La question n’est donc pas de savoir si une ambition est plus ou moins chrétienne parce qu’elle vise une promotion, se déploie dans une entreprise, permet de gagner davantage ou ne relève pas d’un travail rémunéré.
Elle est plus profonde : qu’est-ce que cette ambition cherche à faire fructifier, et à quoi est-elle ordonnée ?
Faire fructifier n’est pas se glorifier
La parabole des talents est souvent utilisée de manière un peu rapide pour parler de nos « talents personnels ». Dans le texte de saint Matthieu, pourtant, les talents sont d’abord une somme d’argent considérable. Un maître, avant de partir en voyage, confie une somme différente à trois de ses serviteurs. Les deux premiers la font fructifier et lui rendent davantage à son retour. Le troisième, lui, prend peur : pour être certain de ne rien perdre, il enterre ce qu’il a reçu et le restitue intact à son maître.
C’est ce troisième serviteur qui m’intéresse ici. Il n’a rien dilapidé, rien détourné, rien perdu. Il a simplement préféré ne prendre aucun risque avec ce qui lui avait été confié. Ce que le récit met en cause n’est pas seulement l’absence de gain : c’est une peur devenue stérile, une relation de méfiance envers le maître, et le refus de faire fructifier ce qui avait été confié.
Il serait évidemment trop rapide d’en conclure que Dieu nous demande à toutes de lancer une entreprise, de demander une promotion ou d’écrire le roman qui sommeille en nous depuis dix ans. Ce n’est pas ce que raconte cette parabole. Mais elle permet de poser une question : ne rien tenter est-il toujours plus humble que prendre au sérieux ce qui nous a été confié ?
Je n’en suis pas sûre.
Il est peut-être plus facile de repérer l’orgueil lorsqu’il prend la forme d’un désir de puissance, de reconnaissance ou de supériorité. Il l’est moins lorsqu’il se cache derrière une peur de se tromper, de décevoir ou d’assumer un désir que l’on juge trop grand.
L’humilité chrétienne ne consiste pas à prétendre que nous n’avons rien reçu, ni à nous rendre plus petites que nous ne sommes. Elle consiste plutôt à regarder avec vérité ce que nous sommes, avec nos capacités comme avec nos limites, sans avoir besoin ni de les exagérer ni de les nier.
Cela change déjà un peu la manière de poser la question de l’ambition.
Vouloir beaucoup n’est pas automatiquement de l’orgueil ; vouloir peu n’est pas automatiquement de l’humilité. Et ce qui compte ne se laisse pas mesurer aussi facilement.
Quand la réussite devient notre mesure
Dire cela ne revient évidemment pas à sanctifier toute forme d’ambition. Le désir de progresser, de réussir ou d’exercer pleinement ses capacités n’est pas mauvais en lui-même. Mais il peut finir par prendre une place qui n’est plus tout à fait la sienne.
Nous pouvons attendre de la réussite beaucoup plus qu’elle ne peut réellement nous donner : la preuve que nous valons quelque chose, le sentiment d’être enfin reconnue, la sécurité de ne plus dépendre de personne, parfois même une revanche sur ceux qui n’ont pas cru en nous. C’est peut-être là que l’ambition commence à changer de nature : non pas lorsque nous désirons accomplir quelque chose, mais lorsque cet accomplissement devient nécessaire pour nous sentir suffisamment importantes, légitimes ou dignes d’être aimées.
Il n’y a rien de mauvais à souhaiter que son travail soit reconnu, à être fière d’une réussite, à gagner davantage ou à désirer plus de responsabilités. Le problème apparaît lorsque ces réalités deviennent notre manière de mesurer la valeur de notre vie et, peu à peu, celle des autres.
Nous pouvons alors commencer à hiérarchiser les existences selon le métier exercé, le salaire, le prestige, le niveau de responsabilité ou ce qui se voit facilement. Comme si certaines vies avaient davantage réussi que d’autres parce qu’elles correspondent mieux aux critères que nous avons appris à admirer.
C’est toute la différence entre aimer faire un beau travail et avoir besoin de ce travail pour savoir qui l’on est ; entre apprécier la reconnaissance et en dépendre ; entre exercer une responsabilité et ne plus supporter de ne pas contrôler ; entre gagner de l’argent et faire de cet argent le critère ultime de sa réussite.
Dans le domaine professionnel, c’est ainsi que l’ambition peut basculer vers le carriérisme : non pas nécessairement à cause du niveau de responsabilité atteint, mais à cause de la place que la progression finit par prendre. On peut occuper un poste élevé sans sacrifier toute sa vie à sa carrière, comme on peut être entièrement absorbée par le besoin de réussir dans un poste beaucoup plus modeste.
La foi chrétienne ne nous donne donc pas une liste des ambitions acceptables et des ambitions suspectes. Elle nous invite plutôt à regarder ce que nos ambitions deviennent en nous, la place qu’elles prennent et ce qu’elles font progressivement de notre rapport à Dieu, aux autres et à nous-mêmes.
Et parce que nous sommes des femmes ?
Le travail n’est évidemment pas le seul endroit où peut s’exprimer l’ambition, mais c’est l’un de ceux où la question prend, pour les femmes, une dimension particulière.
Pendant longtemps, leurs ambitions professionnelles ont été limitées par le simple fait d’être femmes : certaines études leur étaient fermées, certains métiers ou responsabilités difficilement accessibles, et leur indépendance financière elle-même n’allait pas de soi. Désirer travailler, faire carrière, gagner sa vie ou exercer des responsabilités s’inscrit donc aussi dans cette histoire. Difficile, dans ce contexte, de balayer l’ambition professionnelle féminine comme une simple concession à l’individualisme contemporain.
Cette question en rejoint d’ailleurs une autre, plus large : que signifie défendre aujourd’hui la liberté et la dignité des femmes lorsqu’on est catholique ? (voir aussi : peut-on être catholique et féministe) Car reconnaître aux femmes la possibilité de déployer leurs talents, d’exercer des responsabilités et de choisir la manière dont elles souhaitent les mettre au service du monde n’est pas étranger à la pensée de l’Église.
Dans Familiaris Consortio, Jean-Paul II affirme ainsi que l’égalité de dignité et de responsabilité entre hommes et femmes « justifie pleinement l’accession de la femme aux fonctions publiques ». Le même texte insiste toutefois sur la nécessité de reconnaître pleinement la valeur de la maternité et de la vie familiale, et de ne pas construire une société où les mères seraient matériellement contraintes de travailler hors du foyer.
Et c’est peut-être là que les choses se compliquent. Car cette tension reste très actuelle : nous pouvons facilement nous retrouver coincées entre deux conceptions assez étroites de l’accomplissement féminin. Dans la première, une femme chrétienne devrait trouver l’essentiel de sa fécondité dans la sphère familiale et regarder avec une certaine méfiance son désir de réussite professionnelle. Dans la seconde, elle ne serait vraiment émancipée qu’à condition que rien (ni une grossesse, ni des enfants, ni la fatigue, ni le besoin de ralentir ou de dépendre temporairement de quelqu’un) ne vienne modifier sa trajectoire. J’ai déjà parlé ailleurs de cette tentation de chercher un “bon modèle” de la femme ou de la mère chrétienne.
Ce qui me gêne dans ces deux modèles, c’est qu’ils finissent par répondre à notre place. Dans un cas comme dans l’autre, ils risquent de court-circuiter une question plus personnelle, et sans doute plus exigeante : qu’est-ce qui m’a été donné, et comment puis-je le faire fructifier dans la vie qui est la mienne ?
Or cette question ne peut pas conduire toutes les femmes au même endroit. Nous n’avons ni les mêmes capacités, ni les mêmes désirs, ni les mêmes responsabilités ; les circonstances de nos vies diffèrent elles aussi et évoluent avec le temps. Les chemins peuvent être très différents. Une femme peut exercer de hautes responsabilités, une autre consacrer plusieurs années principalement à ses enfants, une troisième entreprendre puis s’arrêter, reprendre ou changer de voie. Une femme sans enfant peut mener une vie profondément féconde ; une mère au foyer peut porter de grands projets ; et l’investissement professionnel d’une mère ne permet pas, à lui seul, de mesurer son amour pour ses enfants ni la qualité de sa présence auprès d’eux.
C’est précisément pour cela que le discernement me paraît si important. Il ne s’agit pas de faire entrer sa vie dans un modèle déjà écrit, mais de regarder avec vérité ce que nous avons reçu, les désirs qui nous habitent, les responsabilités qui sont les nôtres et la réalité concrète de notre vie pour chercher le chemin qui peut être le nôtre.
Cela ne signifie pas que tous les choix se valent dans toutes les circonstances, ni que nos responsabilités disparaissent dès lors qu’un désir nous paraît profondément personnel. Mais on ne peut pas non plus déduire de la foi chrétienne une trajectoire unique pour toutes les femmes.
Répondre à la question « une chrétienne peut-elle être ambitieuse ? » en fabriquant un nouveau cahier des charges de la femme chrétienne correctement ambitieuse serait une manière de manquer précisément ce discernement.
La femme de Proverbes 31 n’est pas vraiment effacée
C’est aussi pour cela que le portrait de la « femme forte » de Proverbes 31 mérite d’être relu. À la fin du livre des Proverbes, l’Ancien Testament dresse le portrait d’une femme présentée comme particulièrement digne d’éloge. Il ne s’agit pas du récit de la vie d’une femme en particulier, mais d’un portrait de sagesse, qui décrit longuement sa manière d’agir, de prendre soin des siens et de conduire ses affaires.
Et ce qui frappe lorsqu’on le relit, c’est l’étendue de sa capacité d’action : elle travaille, organise sa maison, achète un champ, plante une vigne, commerce, prend soin des siens, aide le pauvre et parle avec sagesse.
On pourrait évidemment transformer ce portrait en cauchemar domestique et en déduire qu’une bonne chrétienne devrait réussir simultanément son entreprise, ses investissements, ses enfants, son couple, ses œuvres de charité et, tant qu’à faire, son pain au levain. Je ne crois pas que ce soit le meilleur service à rendre au texte.
Le texte ne réduit pas la vertu féminine à la discrétion ou à l’espace domestique. Il montre une femme active, compétente, généreuse et engagée dans la vie concrète de sa cité. Elle agit dans le monde qui l’entoure, prend des décisions, produit, acquiert, donne et organise.
Autrement dit, le texte ne présente pas sa capacité d’action comme contradictoire avec sa vertu. Être une femme bonne et sage n’exige pas ici de devenir moins capable, moins entreprenante ou moins présente dans les affaires de son temps.
Mais le Nouveau Testament nous donne une autre scène, presque en contrepoint. Dans l’Évangile de Saint Luc, Jésus est reçu chez deux sœurs, Marthe et Marie. Tandis que Marie s’assoit auprès de lui pour l’écouter, Marthe s’active pour le recevoir et finit par s’agacer de devoir assurer seule le service. Le texte ne disqualifie pas le service de Marthe ; Jésus répond plutôt à son inquiétude, à son agitation et à la manière dont le service semble l’avoir privée de paix et d’écoute.
La nuance est importante. Ce qui peut nous perdre n’est pas nécessairement d’en faire beaucoup, mais de nous laisser tellement absorber par ce que nous faisons que nous ne savons plus nous arrêter, écouter, recevoir. Et que nous perdons de vue ce qui est important.
C’est ce qui rend intéressant le rapprochement avec la femme de Proverbes 31. L’un des textes empêche de faire de l’effacement ou de l’inaction une vertu féminine ; l’autre rappelle qu’une vie remplie d’actions, même bonnes, peut finir par nous envahir.
L’ambition chrétienne se situe peut-être quelque part dans cette tension.
À quoi reconnaît-on alors une ambition juste ?
J’aimerais pouvoir tracer une frontière nette entre une ambition saine et une ambition qui ne le serait plus. Ce serait pratique. Mais nos motivations sont rarement assez pures pour se laisser ranger aussi facilement.
Je peux vouloir écrire un livre parce que j’ai réellement quelque chose à transmettre, tout en espérant être admirée pour ce que j’écris. Je peux désirer une promotion parce que le poste m’intéresse et que j’ai envie de davantage de responsabilités, tout en appréciant aussi le salaire ou le prestige qui l’accompagnent.
L’inverse est vrai également : renoncer à une ambition n’est pas toujours le signe que nos motivations sont plus justes. Il peut s’agir d’un choix libre, parce qu’une autre réalité compte davantage ou parce que le prix à payer semble trop élevé. Mais ce renoncement peut aussi venir de la peur d’échouer, de s’exposer, de décevoir ou d’assumer que l’on a envie de réussir.
Discerner ne consiste donc pas à attendre d’avoir des intentions parfaitement pures avant d’agir. Il s’agit plutôt de regarder honnêtement ce que nous désirons, ce que nous sommes prêtes à sacrifier, ce que cette ambition fait de notre rapport aux autres et si nous pouvons la remettre à Dieu sans exiger qu’elle nous donne notre identité.
Parfois, le chemin juste sera de renoncer. Et parfois, il faudra au contraire prendre plus au sérieux un désir que nous avions appris à minimiser.
Peut-on donc être ambitieuse et chrétienne ?
Je crois que oui. Mais cette réponse n’est pas un permis de courir après toute forme de réussite, pas plus qu’elle n’est une invitation à nous empêcher de désirer, de créer ou de servir par peur de paraître trop ambitieuses.
La foi chrétienne ne nous demande ni de réussir selon les critères du monde, ni de minimiser ce qui nous a été confié. Elle nous invite à regarder avec vérité ce que nous désirons, ce que nous voulons construire, ce que cela exige de nous et la place que nous acceptons de lui donner.
Certaines ambitions devront être tempérées, parce qu’elles finissent par tout absorber. D’autres devront être abandonnées, parce qu’une autre responsabilité ou un autre amour demande aujourd’hui davantage de place. Mais certaines mériteront peut-être d’être poursuivies avec plus de courage, de liberté et de confiance que nous ne nous l’autorisions jusqu’ici.
Il n’existe pas de modèle unique de femme chrétienne ambitieuse. Il existe un travail de discernement, qui change avec les saisons de la vie : accueillir ce qui nous a été donné, le faire fructifier sans en faire une idole, et apprendre peu à peu à vouloir ce qui nous rend plus libres d’aimer et de servir.
💡 Cinq questions pour discerner une ambition
Il n’est pas toujours possible de savoir immédiatement si une ambition est juste. Mais ces questions peuvent aider à la regarder plus honnêtement :
Qu’est-ce que je désire réellement construire ou recevoir à travers cette ambition ?
Qu’est-ce que cette réussite vient chercher en moi : le service, la sécurité, la reconnaissance, une revanche, une preuve de ma valeur ?
Quel prix concret cette ambition me demande-t-elle, et suis-je libre de le consentir ?
Que devient mon regard sur les autres lorsque je poursuis ce projet : plus généreux, plus juste, ou plus comparatif ?
Est-ce que je peux remettre cette ambition à Dieu, y compris si elle n’aboutit pas comme je l’espérais ?
Ces questions n’ont pas pour but de produire une décision parfaite. Elles peuvent simplement nous aider à poursuivre, différer ou abandonner une ambition avec davantage de vérité et de liberté.
SUR LE PARVIS
💌 Et si on continuait dimanche ?
Chaque dimanche, j’écris une lettre autour de ces questions qui traversent nos vies : le travail, la maternité, le couple, le corps, la foi, ce que nous voulons transmettre.
Pas de réponses toutes faites. Une question, quelques pistes pour la creuser, et ce que j’en comprends en chemin.
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À PROPOS
Je suis Anne-Claire Lépissier.
J’écris sur les questions qui traversent nos vies de femmes (le corps, la maternité, le couple, le travail, la foi et ce que nous voulons transmettre) en essayant de les regarder à la lumière de la foi chrétienne.
Je ne cherche pas ici à proposer un modèle de vie chrétienne réussi, mais à regarder le réel, creuser ce qu’en disent la Bible, l’Église et ceux qui ont pensé ces questions avant nous, puis chercher des repères pour discerner.